Un conte moral :
ou la véritable histoire du verrouillage électronique.
Ne cherchez pas mon nom dans le Livre des Inventions !
Ce que je vais vous raconter est une réalité industrielle, ce n'est pas un conte médiatique.
Les preuves indiscutables de mes assertions existent sur des notices techniques et commerciales
qui ont été diffusées à des milliers d'exemplaires, en France et aux États Unis d'Amérique.
Avant moi, le verrouillage électrique était livré entièrement aux serruriers,
qui étaient bien les gens les moins compétents pour traiter les problèmes rencontrés dans ce type d'applications.
La vénérable industrie de la serrurerie a plus de cent ans d'existence, mais, comme artisanat,
elle existe depuis plusieurs millénaires et a connut ses lettres de noblesse sous nos bons rois Louis,
qui étaient de fins serruriers. Avec l'horlogerie, ce fut, sans doute, la première expression accomplie du
génie mécanique de l'homme, mais pour ce qui est du génie électrique, voire du génie électronique !...
Mes amis serruriers employèrent spontanément des électroaimants à noyau plongeur pour animer
le, ou les pênes, de leurs verrous électriques, comme l'avaient fait avant eux les fabricants d'ascenseurs.
Ce choix était malheureux, car le problème n'était pas du tout le même.
Une porte équipée d'un verrou électrique, en Contrôle d'Accès, est soumise, par ses utilisateurs,
à des contraintes d'une toute autre nature que celles que subissent les portes d'ascenseurs.
Au moment où le pêne cherche à pénétrer dans le logement correspondant de la gâche,
la probabilité pour que celle-ci ne soit pas correctement positionnée est très grande,
il lui faudra beaucoup d'énergie et de pugnacité pour pouvoir effectuer son boulot.
Las, les électroaimants à noyau plongeur sont soumis à une loi physique détestable
(comme disait Brassens : la loi de la pesanteur est dure, mais c'est la loi !),
qui veut que la puissance, qu'ils peuvent communiquer à leur noyau, est inversement proportionnelle
au carré de la distance dont celui-ci s'est écarté de sa position centrale.
Pour simplifier, se sont des éjaculateurs précoces. D'entrée de jeu ils balancent tout ce qu'ils ont dans
le ventre et, derrière, plus rien. Pas de chance !
Au moment où on a le plus besoin de puissance, voila que celle-ci fait défaut. Il en est de même lorsque
l'on veut déverrouiller une porte et qu'il faut libérer un pêne bloqué en fin de course.
Malgré leur énorme puissance électrique consommée, à vide,
les électroaimants ne pouvaient donc pas servir de base à de bons verrous électriques !
Question : quel est l'actionneur qui consomme peu, quand on lui demande peu d'effort, et qui est capable
de fournir beaucoup d'énergie quand c'est nécessaire ? Et ceci indépendamment de toute notion de position. Réponse : le moteur ! Et comme personne n'a encore imaginé une serrure équipée d'un moteur à explosion
(voila un bon moyen pour être porté sur le Livre des Inventions), plus précisément, le moteur électrique.
C'est ainsi que vit le jour, en 1978, le premier verrou, du marché mondial, équipé d'un moteur électrique
basse tension. Il était le fruit de la collaboration d'un électronicien (votre serviteur) et d'un mécanicien
(mon ami Charles LAUGERY), une équipe qui avait déjà fait ses preuves sur des automatismes industriels.
Car, le mot est lâché, verrouiller une porte est bien un problème d'automatisme industriel !
Il ne restait plus qu'à inventer le premier Contrôleur de Verrouillage Électrique,
un automate expert dans la résolution des problèmes spécifiques à cette activité, pour que l'on dispose
enfin d'un bon outil de verrouillage automatique.
Bien d'autres produits innovants ont été ensuite créés par Charly et Paul,
par exemple : le premier verrou intégrant son contrôleur de verrouillage électrique, ou encore le premier réseau
local micro-informatique axé sur le verrouillage électrique.
Ces produits, qui sont autant de premières mondiales, font encore le bonheur
de nombreux exploitants d'établissements industriels ou commerciaux, du Grand Louvre à la Banque de France.
Puisque je vous ai promis une histoire morale, voici la morale de celle-ci : à 55 ans, Charly fut rejeté,
comme un vieux crouton, par des gens qui ne lui arrivaient pas à la cheville comme concepteurs.
Je l'ai suivi, deux ans plus tard, ce qui me permet, aujourd'hui, de vous raconter cette petite histoire.
Vous pensez peut-être que je suis un vieux grognon qui passe son temps à vitupérer contre les jeunes
auxquels il a dû céder le pas ? Je vous assure qu'il en est rien. C'est sans acrimonie que je vous délivre ce conte
véridique. Il est vrai qu'il était temps que je cède la place ! Tout au plus, je regrette un peu que les gens aient
si peu de mémoire. On creuse son sillon tout au long de sa vie professionnelle et le sillon se referme derrière soi
sans laisser de trace, si ce n'est la trace fugace du web.