Le Temps qui court
Daniel HUGUELET
Le temps, durée considérée comme une quantité mesurable, est, paraît-il, le temps légal.
D'accord avec vous. Mais connaissez-vous le temps atomique ou le temps réel ?
Là, je vous sens déjà dubitatif, non ? Ou mieux encore, le temps sidéral, ou le temps universel coordonné, la fuite du temps ?
Cette fois vous demeurez coi. Et pourquoi ? Et bien c'est simple, vous n'avez pas pris le temps d'y réfléchir et d'étudier le problème, n'est-ce pas ?
Le temps, divisé, multiplié, quête perpétuelle de l'homo sapiens moderne. Qui peut exposer et mesurer l'ampleur de la tâche ? Encore faut-il en avoir le temps.
Le temps c'est peut-être un truc qui passe et qu'on attrape au vol comme ça, pour voir. Seulement une fois que vous le tenez, et bien lui, il vous fera battre la mesure à deux, trois, ou cinq temps, ou alors il vous filera entre les doigts, passera son temps à vous faire perdre le vôtre, entretiendra l'espérance qu'un jour probable, si vous êtes bien sage, il vous donnera du bon temps.
Le temps est immuable, non ?
Alors pourquoi court-on toujours après ? Certains diront, gagner du temps c'est important. Peut-être, mais pour en faire quoi ? Posez la question à vos amis, ils vous répondront :
- Eh bien, après on peut faire autre chose.
Mais ils seront incapables de vous donner plus de précisions, peut-être parce qu'ils n'ont pas eu le temps d'y penser.
Un jour, j'ai perdu le mien, alors, instinctivement, naturellement, j'ai pris tout mon temps. Divine sensation de légèreté, d'humanité, vous temporisez, le temps ne compte plus, vous êtes hors du temps. Soudain, et quand vous vous y attendez le moins, il vous prend à revers, vous arrive en plein dans les gencives, sans que vous l'ayez vu passer.
Le temps c'est de l'argent ! C'est possible, en tout cas, j'ai déjà gagné du temps. Tiens, faudra que je demande à ceux qui en possède, s'ils ont aussi du temps.
Il y a aussi le temps d'antenne, fraction temporelle mise à disposition de sbires au pouvoir temporaire, pour tempêter et insuffler aux autochtones, que les temps bénis sont révolus, que les temps sont difficiles, qu'il est temps de rentrer le bide pour resserrer le ceinturon d'un cran.
Le deux-temps, rattrapé par le quatre-temps, la valse à deux, ou mille temps.
Le temps imparti est écoulé, ça c'est assez marrant. Plus drôle encore, la mi-temps, déjà que le temps plein c'est vachement compliqué, alors la mi-temps, vous pensez ! Que dire du tiers-temps, qui, lui, fait mieux encore, bien qu'étant plus court.
Qu'est-il advenu du bon vieux temps ? Qu'adviendra-t-il des temps futurs ?
Hors du temps, hormis le temps, de mon temps, la nuit des temps, espace-temps, le temps de cuisson…
Que sais-je encore, et vous qu'en pensez-vous ?
- Je vous écoute, prenez votre temps !
Mais attention, une fois qu'il est pris, c'est fini, impossible de le refiler à votre voisin, il passera si vite que vous ne vous en serez même pas rendu compte.
Certains font leur temps, d'autres prennent un temps fou, et de temps en temps, tout repart à zéro, temps nul, signe du temps.
Le temps des cerises appelle au romantisme, comme le beau temps enveloppant les journées chaudes de l'été inspire à la recherche du temps perdu, du temps disponible pour ceux qu'on aime, temps forts qui effacent les traces marquées aux fers par la course au temps.
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