C'est l'âge où le printemps laisse un brin de nostalgie, où l'été consolide et empile des morceaux d'expérience, où l'automne débute avec devant lui, des plaines vertes encore vierges, et derrière lui, des images sur papier glacé.
La quadraphonie clinquante, avec ses sourires et ses obstacles, ses étendues sauvages reliant l'infini, où subsistent tant de choses colorées prêtes à être saisies par des mains chaudes, vous rattrape un beau matin au détour des chemins.
Ce n'est pas la quadrature du cercle, ni l'arrêt sur la bande d'urgence, mais plutôt une voie rapide, au parcours météorique évitant les grands axes, où défilent des kilomètres de souvenirs, où les océans semblent si petits, le temps si loin et si proche, le vrai si dérisoire, l'illusoire si vrai.
L'opacité, la voilà, enfin visible dans sa lumineuse transparence, tout le bonheur du monde est là, à vos pieds, festif et pourtant si fragile.
C'est l'âge où l'amour construit des forteresses, et où l'amitié édifie des ponts pour les relier. Amour, amitié, de si petites particules pour de si grandes choses...
L'amour soude les cœurs, fusionne les corps, une vie sans amour, c'est comme un hiver permanent. L'amitié étaie la pensée, gomme la tristesse, une vie sans amis, c'est comme un été sans soleil.
Parfois, l'envie d'ouvrir la lourde porte de l'évasion transperce un absolu tellement rêvé, mais, entre la vision colorée d'un idéal, et le gris du désenchantement, le gris censure et neutralise l'ambition, alors la porte, souvent, reste close.
Peut-être est-ce suffisant à la survie ou plus simplement à la vie tout court, la vraie, celle qui est réelle. Alors, le temps s'installe, répare les fissures, atténue les peurs, efface les illusions perdues ou envolées, il redonne les impulsions nécessaires à la passion.
C'est l'âge où le feu attise l'amour et lèche les pensées, où la pierre semble moins lourde, où l'eau noie les désillusions, où le vent transporte les mythes et les cauchemars au-delà des étoiles.
Qui n'a jamais rêvé, espéré, qui n'a jamais idéalisé, halluciné ? Qui n'a jamais cru en ses désirs, en ses rêves, au fol espoir d'une soudaine réalisation, d'une inespérée concrétisation ?
Cependant, les réalités, souvent, dépassent les fantaisies, l'emportent sur l'imagination. Elles surpassent les pensées oniriques, laissant place à quelques rêvasseries, quelques illusions nostalgiques inachevées. Alors, seuls les désirs et les phantasmes résistent au souffle des vérités, au vent des certitudes.
L'incompréhension, le mépris et l'amertume vous crachent parfois leur venin au visage, secouant votre carcasse, la restituant dans le désordre, avec des morceaux recollés et quelques cicatrices.
On a perdu l'âge de la tenue décoiffante, de la mèche rebelle, de la croûte qui flingue grave sur les épaules, du jean radioactif qui atomise les jolis coeurs, des grolles surpuissantes qui retuent la mort.
La cuisse bien ronde, les parfums épicés, les saveurs de fruits rouges des grands crus ont supplanté la clope au persil bio.
L'intimité douillette et conviviale du canapé-cuir remplace avantageusement la promiscuité des campings festivaliers ou littoraux bien que, ces endroits aient largement contribué et contribuent encore assurément aux mélanges éclectiques divers, ainsi qu'à l'apprentissage des premières pratiques érotiques et charnelles de nombreux godelureaux et jouvencelles.
Aujourd'hui, l'apparence visible se déshabille, on rentre juste un peu le ventre, et on laisse place à un intérieur redécouvert, plus dense, plus ouvert, plus complet, où la réflexion trace des chemins souvent aléatoires mais vitaux, où l'émerveillement pour des choses simples et futiles se transforme en un sourire permanent qui alimente la fraîcheur des jours à venir et dresse un barrage à l'intolérance et à la fatuité.
Age prometteur, de bonne facture, et de bon aloi, garanti pièces et main d'œuvre, à mâchouiller sans modération. Si, si, je vous le dis...
Quadraphoniquement vôtre, donc !