Ce matin du 7 mars 1986, il pleuvait. Malgré cela, en me levant, j'étais d'une humeur heureuse. Je ne savais pas pourquoi.
La journée se déroula normalement. Je finis mon travail à la Mairie à 17 heures 15, comme chaque jour.
En sortant, je rejoignis ma grand-mère, pour lui tenir compagnie, pour parler un peu avec elle et pour voir si elle allait bien.
Ce soir-là, je la trouvais un peu énervée. Avec le recul, je sais pourquoi maintenant. Nos discussions se rapportaient toujours à mon grand-père. Normal, cela faisait à peine quelques mois qu'il était parti. Ma grand-mère conservait des photographies, des diapos, des souvenirs en cuivre, son moulin de Hollande…
Nos conversations étaient si fortes que chacun de nous ressentait sa présence. Et ce jour-là, le 7 mars 1986, a été pour moi un déclic. J'ai senti mon grand-père près de moi. Je sentais sa pipe. Le moulin s'est mis à tourner, lui qui n'avait jamais été remonté se mettait à faire de la musique sans aucune raison. J'ai pensé que sa mise en fonctionnement était due à la chaleur qu'il faisait dans la pièce, que les ressorts détendus avaient libérés le mécanisme. Mais il n'avait jamais été remonté et au même moment où les doutes commençaient à s'installer dans ma tête, le cadre, dans lequel se trouvaient les décorations de mon grand-père, dégringola du mur.
Cela nous refroidit tous les deux. Ma grand-mère et moi, nous nous sommes regardés sans rien dire. Je voyais des larmes couler sur ses joues. C'était intense, je m'en souviendrais sûrement toute ma vie. Il était là, je suis sûr de cela. Mais, étant rationnel, je me disais que je me montais la tête. Rien de tout cela ne pouvait être réel ! Seule mon imagination me jouait des tours et, sur ce, je quittais ma grand-mère, après l'avoir bien consolée et lui avoir affirmé que tout allait pour le mieux.
En rentrant chez moi, j'étais perturbé au point d'en avoir la chair de poule, mais bon… ! La tête fait parfois de drôles de choses. Je reprenais mes esprits et tentais de reprendre le cours de ma vie, mais je ne savais pas ce qui m'attendait, au-delà de toutes mes espérances.
1ère nuit : le 7 mars 1985
Il était 22 heures 30 quand je me couchais, fatigué par la journée et ses aléas, je m'endormis immédiatement.
J'étais dans un couloir très sombre et je marchais. Le couloir semblait être interminable, mais je continuais à marcher. Soudain, j'arrivais devant deux portes fermées. L'une était de couleur mauve, avec un dessin représentant un nid d'oiseau dessus.
Plus tard, j'ai découvert la signification de ce dessin. C'est la naissance d'une nouvelle vie.
La deuxième porte était de teinte foncée, avec deux anges dessinés dessus. L'un représentait le bien et l'autre le mal. Cette porte, après plusieurs tentatives vaines était restée fermée.
J'ouvris la porte, sur laquelle le nid était dessiné, et je me faufilais à l'intérieur de la pièce. Je trouvais une table avec un registre dessus et, derrière la table, une autre porte. J'essayais d'ouvrir cette dernière, mais sans succès.
Soudain, une voix me dit de consulter le registre avant de franchir la porte. Je consultais donc le registre, sur lequel des noms figuraient par ordre alphabétique. Ce qui me choqua, c'est que des noms figuraient avec la mention " à venir ". Bien plus tard j'appris que ces noms étaient ceux de personnes n'étant pas encore décédées. Les autres l'étaient depuis des années. Je cherchais donc au nom Grimbert Louis, celui de mon grand-père. Arrivé à son nom, une mention était apposée " Essayer contacts avec proches ". Et, en dessous, il était inscrit : " Prononcer deux fois le nom de l'être cher ", ce que je fis et la porte s'ouvrit toute seule.
Sur le moment, j'ai eu un peu peur, mais avec la curiosité intense qui m'envahit, je rentrais à l'intérieur de cette nouvelle pièce. Quelle fraîcheur ! Cela sentait bon la rose ! Mon grand-père adorait les roses. La pièce ressemblait à une salle d'attente de dentiste. Cette senteur devint de plus en plus intense, lorsqu'un rayon de lumière éclaira la pièce et s'interrompit pour laisser place à une personne qui se tenait devant moi. Mais ce n'était pas mon grand-père.
Cette personne était grande et semblait ne pas toucher le sol de ses pieds. Elle me fixait du regard et cela me glaça le sang. L'homme devait, je suppose, lire dans mes pensées. Il resta ainsi plusieurs minutes, à me dévisager du regard, tout en tournant autour de moi, puis s'arrêta. J'entendis ses paroles dans ma tête, sans qu'il ne bougeât ses lèvres.
Il me demanda pourquoi j'étais là et comment j'avais fait pour arriver jusque-là, personne ne pouvant le faire, sauf quelques élus et ceux qu'on a rappelés pour commencer une autre vie ou la finir au milieu des ténèbres.
Je lui répondis que je ne sais pas moi-même, mais que, quelques fois, j'avais des visions de personnes qui me faisaient des signes. Mais je ne savais pas qu'elles étaient décédées. Il me répondit que j'avais un pôle en moi qui attirait des choses de l'autre côté de la vie. Je ne comprenais pas très bien ce qu'il me racontait, mais j'étais comme paralysé par l'idée d'être en contact avec un soi-disant défunt. Il me dit que c'était un honneur, voir une grâce du ciel, de pouvoir entrevoir ou percevoir le monde des disparus. Beaucoup croient en avoir les clefs, car il existe beaucoup de passes qui ouvrent les portes de l'au-delà, mais ceux-là n'en reviennent jamais tout à fait normaux. Je devais accepter la forme par laquelle j'arrivais à cet endroit.
Il affirma que je devais me dire que ce n'était ni mon esprit, ni ma foi, qui m'avaient conduit ici. Seules des personnes, déjà présentes ici, pouvaient solliciter la venue d'un proche ou d'une personne qui pourrait ramener un message à une autre personne vivante.
Cela s'embrouillait dans ma tête. Qui m'avait demandé de venir ? Moi, qui suis banal, sans aucun don. Aurais-je été pris au hasard ou bien réellement des personnes m'avaient demandé ? Alors, des noms passaient dans ma tête, mais je n'avais pas vraiment de proches. Seul mon grand-père avait, lui peut-être, demandé à me voir. Et si c'était une autre personne ? Et où était mon grand-père ? Comment vivait-il ici ? Était-il seul ? Veillait-il sur les personnes qu'il aimait ? Toutes ces questions me tracassaient. Il me répondit :
--- Toutes ces réponses, tu les découvriras au cours de tes prochains voyage.
" Prochain voyage ! J'allais donc revenir ! Sous quelle forme ? Vivant, mort, dans l'esprit ? ".
--- Tu es en contact permanent, me dit-il. Ta perception des choses tu la découvriras bientôt. Tes visions se feront plus rapprochées. Tu pourras reconnaître une personne qui fera le mal ou le bien. Tu ressentiras si bientôt ils feront partie du registre. N'aie jamais peur de tes visions. Ton grand-père sera là, par moments. Lui seul t'ouvrira les bonnes portes. Ne t'en écarte jamais. Ne suit jamais une autre personne que lui, même si c'est une personne que tu as connue. Le mal a le pouvoir de prendre la forme des personnes connues pour t'emmener à la porte fermée, pour que tu deviennes l'un de leurs serviteurs éternels. Mais rassure-toi cela n'arrivera jamais, car tu as un sixième sens. Tu ne le sais pas encore, mais, un jour prochain, celui-ci te sauvera la vie.
Je me demandais si je me rappellerais de tout ça.
--- Bien sûr que oui, me dit-il. Là ton corps est inerte, car dans l'autre monde, tu es endormi, mais, en réalité, tu vis réellement là-haut. Le sommeil n'est qu'une apparence trompeuse, mais l'âme, elle, n'est pas une apparence trompeuse, elle est bonne ou mauvaise. Seule une personne avec une âme mauvaise peut avoir la double extraction de son corps.
Donc, il me disait que mon corps restait et que mon âme montait. Je ne comprenais plus rien. Je croyais que l'âme montait que lorsque l'on quittait le monde des vivants.
--- Je t'ai dit : Seuls peu d'élus ont ce pouvoir et tu as ce don. À toi de t'en servir à bon escient. Je sais que tu apporteras autour de toi la sérénité, la paix et l'amour. Tu ne le sais pas encore, mais des personnes auront besoin de toi. Ta présence les rassurera, certains t'écouteront, mais beaucoup profiteront de toi. Mais ne provoque jamais le destin, laisse faire ce qui doit arriver ou essaie, au mieux, de l'empêcher, quand il est de nature mauvaise.
--- Et mon grand-père où est-il ?
J'étais las de rester sans le voir.
--- Tu le verras, mais pas tout de suite. Guide tes pas, regarde autour de toi, écoute et ressent les choses. Laisse-les t'envahir et seulement, quand tu auras assimilé tout cela, ton grand-père rentrera en contact avec toi. Seul le bien pourra te conduire à lui. Le reste t'en éloignera et devant moi tu reviendras. Et de ces vérités de ton âme, tu seras affligé.
Cela était envahissant, mais je m'habituerais peu à peu. Avant de partir, il me dit :
--- Si tu rencontres un problème, un jour, fait appel à moi. Je suis l'ange de tous les anges. À toi de savoir qui je suis.
Je réfléchis et lui demandais s'il était Saint Michel. Il inclina la tête en signe d'approbation. Alors, là, je croyais vraiment à de l'hallucination.
--- Pas du tout, me dit-il. Maintenant, je peux te dire, avant de partir, la dame blanche sera toujours avec toi. Et sa bonté te suivra toute ta vie. Remercie-la à chaque fois que tu le pourras. À présent, je dois partir. Une autre rencontre m'attend. Retiens tout cela et médite beaucoup et, quand le besoin se fera sentir, isole-toi et rentre en contact.
--- Avec qui ? Lui dis-je.
--- Tu verras. À chaque fois cela te surprendra.
Et puis un flash de lumière disparu pour laisser place à un petit papier où il était noté : " Le chemin de la vie nous apprend à aimer ". Je ne comprenais pas très bien la signification de ce message, mais après plusieurs voyages, je compris enfin sa signification. Signification que je garderais pour moi seul.
Après avoir dormi, je me réveillai avec une sensation d'essoufflement, comme si j'avais effectué un marathon. Je ne me rappelais pas du tout de ce que j'avais rêvé. Mais je pensais que j'avais dû rêver de sports.
Ces sensations bizarres me vinrent au cours de mon déjeuner. Mais j'étais incapable de maîtriser ces choses, qui défilaient en cascade dans ma tête. Je devenais fou. Mon cerveau travaillait ou pédalait dans la semoule. Malgré cela, j'étais interloqué par une chose, qui elle était réelle, une brûlure dans la paume de la main. Chose que je n'avais pas avant de m'endormir. Et je voyais cette porte que j'essayais d'ouvrir en vain.
--- Ça y est, je deviens marteau ! Allez, je reprends un autre café et cela va passer !
Mais je restais quand même très perturbé. Je n'osais même pas en parler autour de moi. Personne ne me comprendrait et tous m'assimileraient à un aliéné mental. Je gardais donc cela pour moi. Cela est pesant quand on a en soi une chose qui donne des frissons à chaque fois qu'on y pense. Peut-être, aussi, n'étais-je pas prêt à en parler et je restais dans un mutisme profond. Je partis travailler.
Au cours de cette journée, j'avais le sentiment d'avoir une présence intérieure qui me dictait ce que je devais faire. Bien plus surprenant, je voyais des personnes fantômes graviter autour de mes collègues. Eux ne pouvaient les percevoir. Je devenais paranoïaque. Par moments, je devinais leurs pensées. Je voyais leur passé sous forme de scènes intermittentes, comme des diapos, sauf que pour moi c'était réel. Cela me faisait peur et je croyais sincèrement que je perdais la raison. Mais une voix intérieure me disait que non. Malgré cela, je continuais mon travail tant bien que mal. Comment peut-on se concentrer sachant que tout autour de soit semble être un film de sciences fiction ? J'avais hâte que la journée se termine. J'entendais des voix, je voyais ces gens sortir de je ne sais où.
--- C'est sûr, demain je vais voir un médecin. Mais comment lui expliquer ce qui m'arrive. Je ne suis pas fou. Suis-je dans une phase de dépression ? Je n'en étais pas persuadé moi-même.
En rentrant chez moi, le soir, j'espérais trouver le calme et le repos de l'esprit mais, bien au contraire, je ne pouvais enlever de ma tête toutes ces choses que j'avais entendues et aperçues. Alors, j'essayais d'en parler à la personne que je croyais être la plus proche de moi, ma compagne, afin d'en faire une analyse avec elle, mais, au lieu de cela, je n'ai trouvé aucun réconfort, ni soutien.
Je me suis donc retrouvé seul, face à moi-même, et un apaisement apparut progressivement, lorsque je pensais à mon grand-père. Mais toujours, cette voix intérieure qui, après bien des inquiétudes, revenait pour me faire entendre les mots suivants :
--- Ce soir tu sauras !
Et je réponds :
--- Je saurais quoi ?
Je pris une douche. Cela devait me faire du bien. Je frottais si fort que ma peau était rouge sang, comme si je voulais enlever des impuretés. Après cette douche, j'étais détendu, mais pas soulagé. Assis sur le canapé, je feuilletais le programme TV, quand mes yeux s'arrêtèrent sur l'émission " 52 sur la Une", dont le sujet était les exorcistes.
Pourquoi m'étais-je arrêté là-dessus ? Maintenant je le sais. Je croyais, à l'époque, être envoûté, voire possédé. C'est complètement dingue, mais je commençais à y croire.
J'allais donc regarder cette émission. Au cours de celle-ci, j'étais très perplexe. Je ne croyais pas aux démons et en Dieu, pas vraiment. Du moins, je croyais ne pas y croire. Mais comme on dit, les voix du seigneur sont impénétrables et, maintenant, je sais ce qu'est le sens " d'être face à la réalité ".
Bon, je n'étais pas envoûté, même si je ne n'allais pas à l'église. Je suis baptisé, mais c'est tout. Je crois bien que je passais un cap de ma vie où peut-être, je devais me chercher, savoir quel était mon but, ma route… !
Il était tard, mais malgré ma fatigue, j'essayais de dormir en prenant deux cachets. Ainsi, pas de soucis de pensées obscures. Je me couchais et je laissais faire la drogue. Le silence était lourd mais cette voix intérieure revint et j'entendis :
--- On t'attend, dépêche toi, tu vas manquer le début !
2ème nuit
Je me retrouvais devant les deux portes, l'une était entrouverte, j'y entrais et là, surprise ! Je découvris une personne que je ne connaissais pas. Une femme assise, qui me fit asseoir à ses côtés. Je lui demandais si elle me connaissait. Elle me répondit oui et ajouta que Louis m'avait décrit comment je suis.
--- Mon grand-père vous connaît ?
--- Oui, je le vois souvent, me répondit elle.
--- Pourquoi je ne le vois pas, lui directement ?
--- Tu n'es pas encore prêt à recevoir cette grâce.
--- Quand le serai-je ?
--- Il te faudra effectuer ce que je te demanderais.
--- Mais faire quoi ?
--- Avoir le cœur et l'âme pure. Seuls les Saints peuvent le faire.
--- Je ne suis pas un Saint.
--- C'est vrai, mais les Saints n'ont pas tous été des personnes bonnes au départ et je te rassure tu ne seras jamais un Saint. Seul ton cœur devra être pur.
--- Comment dois-je faire ?
--- D'abord, crois-tu en Dieu ?
--- Je ne sais pas.
--- Parle avec ton cœur.
--- Je pense qu'il y a quelque chose, mais je n'en ai jamais eu la preuve, sauf ces derniers temps où je vois des choses que seul je perçois.
--- Ton parcours va être long et ton chemin parsemé d'épreuves. À toi de les surmonter.
--- Dites-moi, Madame, dans la vie est ce que je vous connais ?
--- Non tu ne me connais pas. Je suis la personne qui guide et conduit à la pureté. Je suis là depuis 1625, j'ai remplacé Madame Huguette de Rosenbruny.
--- Qui était cette personne ?
--- Elle était mariée au Marquis de Rosenbruny et s'est donné la mort suite à la perte de sa petite fille.
--- Quelle relation avec vous ?
--- Aucune. Mais avec toi il y en a une que je te raconterais plus tard.
--- Et vous comment vous appelez vous ?
--- Je ne peux te le dire pour le moment.
--- Pourquoi ?
--- Car cela te troublerait pour tes prochains voyages.
--- Vous êtes une proche ?
--- Oui mais tu n'en sauras pas plus.
--- Pourquoi ?
--- Tu veux trop en savoir pour l'instant. Laisse moi te guider et mieux tu vivras tes voyages. Tout ce que je peux te dire pour t'aider est que la réincarnation n'est pas le fruit de ton imagination, mais est bien réelle. Maintenant écoute. Tu dois faire un parcours spirituel de ton choix. Tu sauras le moment voulu celui que tu choisiras. Des guides et des évènements seront là pour te montrer le chemin. Ne t'en écarte jamais.
--- J'essaierais.
--- Non, ne t'en écarte jamais, car sinon jamais tu ne trouveras le repos de ton âme. Maintenant écoute. Le choix que tu feras, tu devras le suivre jusqu'au bout, mais ton cœur te guidera. Et, comme je te l'ai dit, tu recevras, à ce moment-là, des directives à prendre.
--- J'ai juste une dernière question à poser. Pourquoi tous mes messages se font la nuit et dans mes rêves ?
--- Sache que le rêve est l'ouverture vers l'inconnu, un labyrinthe en somme. Tu crois que tu rêves, ton corps dort, c'est sûr, mais ton âme ne dort pas. Elle te conduit là où tu as décidé de l'emmener. Bien sûr, maintenant tu sais comment y entrer.
--- Et si je voulais y rester.
--- Pour l'instant tu as des choses à effectuer et beaucoup de personnes ici resteraient sans contact.
--- Mais pour l'instant je n'ai aucun contact.
--- Cela viendra. Tu verras la première fois cela surprend un peu, mais tu m'en reparleras à ce moment. Et si tu te sens seul, je te donnerais la méthode pour être en contact avec moi. Et puis cela me fera toujours plaisir de te rencontrer.
Sur ces mots, elle me quitta par la porte de derrière, en me regardant et en me souriant tendrement, avec l'expression de me quitter avec la pensée de me retrouver plus tard. Une fois qu'elle fût partie, par curiosité, j'essayais de prendre la porte par laquelle elle était sortie. Impossible d'ouvrir cette porte. La pièce où je me trouvais était très petite, mais l'air qu'on y respirait était frais et son odeur intense. On avait l'impression de flotter. J'avais la sensation que, quoique la pièce fût vide, j'étais épié. On me regardait, mais cela ne me faisait pas peur. Je retournais alors vers la porte de derrière. Je descendis les escaliers, puis longeais ce long couloir interminable, pour arriver là d'où j'étais parti…
Le matin, je me réveillais tout en nage, avec la même sensation que la veille. Douche, café et recafé, cela allait mieux. Moins préoccupé j'essayais de penser à autre chose. J'y arrivais, mais c'était dur.
L'après-midi, je marchais en ne pensant à rien, ma tête était vide et pourtant j'avais besoin de quelque chose. Mais au fond de moi, je ne savais pas de quoi. Alors guidé par je ne sais qui ou je ne sais quoi, je me dirigeais droit vers l'église dont la porte d'entrée était grande ouverte. Pourquoi ce besoin d'y entrer ? Je le saurais peut-être un jour. Je franchis donc la porte d'entrée et me retrouvais dans une grande salle avec, en face de moi, un autel, avec une grande croix derrière. Rien ne me laissait présager de la suite que j'allais découvrir dans cette église simple par son intérieur. Mais je fus conduit, au plus profond de moi, vers une statue d'une grande dame blanche, entourée de centaines de bougies qui éclairaient tout son espace.
En me rapprochant, j'avais un grand frisson qui envahissait tout mon corps. Je restais figé devant la statue, comme hypnotisé. Je devais sûrement être en admiration. Quand une voix vint rompre mon recueillement.
--- Elle est belle ?
Je me retournais et me retrouvais face à un homme de petite taille qui, visiblement, me dévisageait avec attention.
--- Je suis le père Michel. Vous venez vous recueillir devant la statue de la vierge Marie ?
Je restais sans rien dire, car je ne savais quoi dire. Je ne savais même pas pourquoi j'étais entré. Puis je me rappelais, qu'au plus profond de moi, je devais chercher ma voie. Était-ce cela ?
--- Ne dites rien, vous êtes ici car vous recherchez quelque chose.
Comment savait-il que je recherchais quelque chose ? Je lui répondis :
--- C'est vrai, des réponses que seule, je pense, une personne comme vous pourra me donner.
Je parlais vraiment n'importe comment et il devait me prendre pour un demeuré. Je bafouillais et n'arrivais même pas à mettre une phrase devant l'autre. Je n'étais pas vraiment à l'aise. Il le sentait et me dit :
--- Venez avec moi dans la petite chapelle, cela sera moins mystique et vous pourrez, si vous le voulez, me raconter ce qui vous tracasse. Le seigneur et moi serons là pour vous écouter.
J'avais déjà entendu cela quelque part et je trouvais ses paroles très réconfortantes. Alors je le suivis, j'étais comme un automate à qui on avait mis une puce d'obéissance et qui fonctionnait au doigt et à l'œil.
Nous sortîmes de l'église, pour nous retrouver dans la petite chapelle qui servait de bureau au personnel du diocèse, pour recevoir les personnes désirant se marier, baptiser un enfant…
Il ouvrit une porte et mon attention se figea sur son bureau. Une petite statuette représentant un nid d'oiseau avec des petits à l'intérieur. Cela me rappelait quelque chose, mais je ne savais plus quoi. À présent je sais, c'était la porte de la nouvelle vie.
Notre discussion dura trois heures. Nous parlâmes de tout, cela me fit beaucoup de bien, au point que je lui demandais de suivre pendant un an une instruction religieuse, en vue de faire mon baptême solennel, c'est-à-dire ma communion. Pourquoi ? Cela, je le sais maintenant, mais je le révélerais plus tard. Dans tous les cas, je me sentais soulagé. Mes craintes semblaient être oubliées ou endormies.
Je suivis donc cette instruction pendant un an. Tous les mardis et jeudis soir, je faisais partie d'un groupe de personnes qui souhaitaient obtenir la communion. Nos discussions étaient aussi diverses qu'enrichissantes. Mais celle qui me marqua le plus fut la suivante : dans cette soirée du 17 octobre 1986, où, dès le matin, je m'étais levé avec le pressentiment de connaître, dans les années à venir, une personne née en ce jour du 17 octobre, à qui ma présence sera d'un grand réconfort. Mais peut-être était-ce cette appréhension d'être communié le dimanche. Je me faisais des films comme celui qui revenait sans cesse où, à l'heure de la communion, au lieu que ce soit le prêtre qui me donnait l'hostie, c'était mon grand-père. Quel rêve avais-je dû faire encore ?
Mais cette journée était particulière. En sortant de chez moi, j'avais pris sur moi le petit cahier où je notifiais tous mes tracas, mes questions et, dans le groupe, on en parlerait ce soir à tour de rôle. Mais ce jour-là, je n'avais rien noté, car, visiblement, je n'avais pas envie de parler. J'avais quand même mon petit cahier. Et quand je dis que de cette réunion, je m'en souviendrais toute ma vie, c'est le cas, je m'en souviens encore.
Il était vingt heures, nous étions dans cette salle et faisions un tour de table, comme à l'habitude. Tout se passait très bien, sauf quand cela fut le tour du prêtre. Je pensais que tout le monde voyait ce que je voyais. Une personne se trouvait à côté de lui, qui fixait tout le monde et me montrait du doigt. Cela me fit peur. Le père Michel le ressentit et me demanda si j'allais bien. Je lui dis que j'avais eu du mal à m'endormir la nuit précédente. L'homme ne me montrait plus du doigt, mais tenait, dans ses mains, le même petit cahier que le mien. J'ouvris le mien, alors que je n'avais rien inscrit auparavant, et une inscription y figurait au milieu de ma page. " Crois-tu en moi ? " Je ne comprenais pas la signification de cette question, mais la suite, qui se trouvait juste en dessous, je pouvais la comprendre. " Rien n'est plus beau que la foi, beaucoup attendent de toi. N'échoue pas. "
À un moment de la réunion, je m'absentais aux toilettes, car je ne supportais plus cette personne en face de moi, qui me fixait comme s'il entrait dans mes pensées. Aux toilettes, je me passais de l'eau sur le visage, car j'avais très chaud et en regardant dans le miroir du lavabo, en me lavant les mains, je vis une lueur bleutée intense. Je voulus sortir des toilettes, car j'avais un peu peur, mais la porte était bloquée. Je me retournais et me retrouvais face à face avec mon grand-père. Là, j'ai eu très peur.
Son regard était inquiet, mais rassurant. Je ne pouvais pas parler tellement l'angoisse était forte. Il semblait voler au-dessus de moi. Je rêvais, j'hallucinais. Je me pinçais, mais il était toujours là, me regardant sans rien dire. Que voulait-il ? Pourquoi était-il là ?
--- Pépé est-ce toi ?
Il ne répondit pas. Puis me souris et disparut.
Je n'étais pas bien du tout. Retournant dans la salle, je n'avais qu'une idée, m'enfuir à toutes jambes. La personne qui me montrait du doigt n'était plus là. Maintenant je sais qui elle montrait du doigt. Il s'agissait de mon grand-père, qui se trouvait derrière moi. J'étais vraiment perturbé. La réunion se termina et chacun prononça la prière du notre père. J'étais incapable d'en dire une phrase. Le père Michel nous dit " à dimanche pour notre communion ". Nous lui répondîmes " à dimanche ".
Durant toute cette année, j'allais à la messe tous les samedis soir et dimanches matin. Je voulais être pur comme on me l'avait demandé. Et je pensais être à l'écoute des autres. J'étais entré dans le secours catholique pour apporter de moi-même aux personnes qui n'avaient plus rien. Je voulais donner de moi, même sans rien attendre en retour. Seulement un sourire en signe de merci. Mais pourquoi tout cela, moi qui ne croyais en rien, qui n'aimais pas les autres, du moins qui n'aurais rien fait avant pour les autres ? Ceux qui me connaissaient avant diront que je n'avais pas vraiment changé, mais moi, je savais, j'avais changé. Je me mettais à penser que dans la vie rien n'arrive par hasard. Une ligne est tracée, nous la suivons tous, parfois des raccourcis viennent prendre le relais. Mais souvent ils sont inutiles. Comment dire aux personnes, proches de moi, ce que je ressentais quand je touchais quelqu'un ? Mes visions, quelles interprétations peuvent-ils m'en donner ?
Pour dire la vérité, toutes les visions que j'ai eues sur des proches se sont réalisées sans que je ne puisse l'expliquer. Je ne me considère pas comme un voyant. Un voyant, lui, dit voir constamment. Moi, je ne vois que lorsque je ressens. Cela m'arrive par flashs. Peut-être suis-je réceptif. Des questions en moi subsistent et resteront sans réponses.
On était dimanche, jour de ma communion. Comme un petit enfant, j'étais nerveux. Seule ma grand-mère sera présente à cette communion, qui pour moi aura été un long parcours semé d'interrogations, bien souvent sans réponses. Même le prêtre, auquel j'ai expliqué ce que je voyais et ressentais, m'a fait une thèse sur les épreuves que chacun d'entre nous rencontre le long de sa vie et que le mal était là pour nous en détourner et prenait parfois l'apparence de proches. Oui, mais comment expliquer que les personnes que je voyais ne m'annonçaient que de bonnes choses. Si c'était le mal, cela eût été l'inverse !
J'allais être aux portes du bien. Le parcours pour arriver à Dieu est très difficile, selon le prêtre. Il ne suffit pas de prier et d'aller tous les samedis et dimanches à l'office pour être un homme ou une femme de bien. Seule l'âme du cœur saura se faire ressentir auprès de Dieu. Le prêtre n'est qu'un guide. Pour lui, nous étions des brebis égarées. Pour moi, je ne savais pas encore, mais je savais que je voulais des réponses. Peut-être que mon intérieur recherchait une preuve que quelque chose existait réellement. Mais j'étais rationnel et ce n'était pas la communion qui m'apporterait cette réponse. Juste l'aboutissement d'un parcours qui m'avait été dicté par mes visions et aucune réponse rationnelle n'avait pu m'être donné. Mais, ce que je voyais, pour moi était bien réel, mais qui pouvait bien me l'expliquer ?
Pourtant, il y a bien des années de cela, j'avais environ huit ou neuf ans, dans l'Allier, en allant chercher du lait et des œufs à la ferme, avec mon papa, la fermière n'avait jamais voulu que je rentre disant que j'avais le mauvais œil. Quand on est enfant, on se fiche un peu de tout ça. Maintenant, avec le recul, je me dis que cette personne alliait son âme avec le diable et qu'elle me voyait peut-être comme un concurrent.
Il était dix heures, ce dimanche. L'église se remplissait. Le groupe, qui avait préparé pendant un an son parcours eucharistique, était placé à la droite de la statue de la vierge Marie. Le prêtre faisait son homélie, puis annonçait l'arrivée de l'évêque. Nous étions tous très nerveux. La messe continuait et quand l'évêque se leva tout le monde se leva également. Il nous appela un à un et au moment où il prononça mon nom et mon prénom, j'entendis : " Je suis près de toi ".
Au départ, je croyais que c'était ma grand-mère, placée pas très loin de moi, mais non cela semblait venir de la statue. Je devenais paranoïaque, peut-être pas. Arrivés devant l'évêque nous faisions tous notre signe de croix et la prière du notre père. Il nous fit le sacrement de la communion et nous fit participer au partage du dernier repas du Christ. Chacun boit le verre de vin, en prononçant : " Buvez ceci car cela est mon sang ". Puis en mangeant l'hostie : " Mangez ceci car ceci est mon corps ". Cela y était, j'étais enfin communié.
Ce que cela faisait sur le moment, je ne pouvais pas encore l'expliquer, une sensation de bien être intérieur et cette voix qui me disait " tu es maintenant l'un de mes enfants. Chaque jour que Dieu fait je serais près de toi. " L'émotion, le stress, la fatigue, je pensais que tout ça réuni avait affecté ma conscience au point d'entendre des choses incroyables. Mais dans l'incroyable, il y a aussi le pire. Et c'est ce qui viendra après. Vous me croirez ou non je sais que je ne suis pas fou et je n'ai pas l'habitude de fabuler ou de raconter des histoires. Ceux qui me connaissent bien le savent. En rentrant chez moi, il n'y avait personne. Comme à l'habitude, seule ma grand-mère avait fait un bout de chemin avec moi, en me disant ton pépé serait fier de toi. Je lui répondis : " Je sais, il était là ".
Dans ma chambre, je fermais les volets pour être un peu seul, j'avais besoin de me recueillir et là, en me retournant, mon grand-père était là, accompagné de la vierge Marie. Je pensais que la communion m'avait vraiment monté à la tête. J'ouvris vite les volets, mais ils étaient toujours là. Puis mon grand-père, pour la première fois, me dit :
--- Je serais toujours là, mon petit Philippe et je veille sur toi et notre dame veille aussi sur toi. Ne la déçoit jamais !
Sur ses mots, ils disparurent dans un sillon de lumière. Cela peut laisser penser et croire que le fruit de mon imagination fonctionnait à plein régime. Comment expliquer alors que ma femme, à l'époque, en rentrant des courses me demanda pourquoi j'avais parfumé l'appartement à la rose. Chose que je n'avais pas faite, vu que la seule bombe désodorisante que nous avions était parfumée à la lavande. C'est incroyable de penser que deux êtres extraordinaires venaient me faire la causette. Vous êtes libres de penser ce que bon vous semblera cependant cette odeur persistante dura plusieurs dizaines de minutes après leur départ. J'en étais tout retourné, au point que des larmes coulaient sur ma joue. Pourquoi une personne banale comme moi avait ce privilège ? Question que je me suis posé de nombreuses fois, mais à chaque fois, je me suis dit : " Et si j'avais un message à faire passer, mais à qui ? " Aux personnes qui auront besoin de moi ? Comme on me l'avait dit dans mes visions. Je serais un réconfort pour certains, un aide ou un guide pour les autres, mais cela ne répond pas à ma question, pourquoi seules les personnes pieuses ou donnant de leur cœur ont pu voir des apparitions ? Moi, je ne suis ni saint, ni pieux, j'ai fait un parcours eucharistique, certes, mais cela est très petit par rapport à d'autres. Après bien des questions, je peux en tirer maintenant une conclusion, mon grand-père était une personne qui vénérait la vierge Marie. Il avait toujours une photographie de la vierge sur lui. Il voulait me montrer qu'il avait enfin trouvé la mère de Jésus. Je remercie mon grand-père de m'avoir donné la possibilité de voir comment était la seconde vie. C'est vrai, maintenant je n'ai plus d'à priori sur la mort. Bien au contraire, c'est vrai que pour ceux qui restent, c'est toujours triste et douloureux. Mais pour l'être qui part, quelle beauté pour lui de se voir au milieu de délicatesses et de sérénité. Plus tard, je citerais un passage où j'ai pu aller avec mon grand-père.
En revenant à cette apparition de mon grand-père accompagné de notre dame, ce jour-là j'étais seul et le temps semblait s'être arrêté. Je me sentais bien malgré une petite peur intérieure. Mais qui un jour n'a pas rêvé de voir un de ses proches revenir et lui donner des directives sur sa vie future ? Ce jour-là, mon grand-père me dit une chose qui aujourd'hui s'est avérée. Il m'a dit :
--- Tu seras bientôt seul. Tu voudras en finir avec la vie, mais je serais là pour que tu ne franchisses pas le pas vers moi. Ce n'est pas encore ton heure.
La traduction de ce message est pour moi évidente, étant séparé, de ma femme je fus seul un bon moment de ma vie et j'ai eu envie d'en finir. Bientôt j'expliquerais ce voyage que j'ai fait quand j'ai tenté cet acte qui m'a été reproché par mon grand-père. Mais soutenu par un ange, je m'en suis sorti.
Un deuxième message m'a été donné par notre dame :
--- Ton grand-père paternel viendra nous rejoindre bientôt, mais avant sa peine sera telle qu'il en perdra un membre.
Cette prédiction s'est réalisée aussi. Mon grand-père paternel se fit amputer une jambe, puis décéda quelque temps après. Tous ces messages reçus à ce jour se sont réalisés. Je sais maintenant que quand mon grand-père, allongé sur le lit souffrant le martyr d'un cancer des poumons généralisé, me disait " elle est près de moi ", je sais, à présent, de qui il parlait. Je sais aussi qu'un jour elle sera près de moi et à ce moment-là j'aimerais aussi qu'il soit là. Cette nuit-là, j'eus du mal à dormir. J'avais toujours, dans ma tête, cette vision et je la revois souvent quand je ne suis pas très bien. Cela m'aide beaucoup, encore aujourd'hui.
Chaque interprétation de mes rêves, aussi détaillée que possible, se veut indissociable du phénomène de prémonition dont elle est issue, quelle que soit la circonstance évoquée. Chacun d'entre nous possède cette faculté de savoir son propre avenir, d'en apprécier les modalités, de mesurer les conséquences, d'estimer à sa juste valeur les modifications annoncées. Un rêve peut être une longue succession d'images, apparemment incohérentes, ou la vision en clair d'un événement précis ou une très courte apparition d'un symbole qui nous marquera au réveil. Pour moi un rêve prémonitoire est la signification d'un événement que je connaîtrais dans un laps de temps qu'il sera possible de déterminer de manière précise. La nuit, dans ma tête, il se passe de drôles de choses, mais il pourrait s'agir aussi de simples rêves peut être un peu spéciaux. J'admets qu'un grand nombre de mes rêves, sinon presque tous, sont plus ou moins des voyages en dehors du corps. En particulier la sensation de chutes brutales qu'on éprouve en s'endormant et qui, d'ailleurs, nous réveillent instantanément, correspondant à un voyage hors du corps avorté et à une rentrée brutale dans le corps matériel…
C'est mon affirmation ! Aussi certaines couleurs pour moi sont plus perceptibles que d'autres, comme le noir, le bleu, le rouge et le blanc. Les objets sont plus difficiles à entrevoir, mais j'arrive quand même à interpréter leurs formes. Un jour, lors d'un passage très bref, vers ce que j'appelle le beau monde, j'étais vraiment triste, j'étais seul, personne à qui me confier et cela c'est très dur. Quand un petit enfant m'apparut en vision et me dit ces quelques mots :
--- Ne pleure pas, mon enfant, parce que le jour est triste, parce que le jour est gris, parce que le jour est laid. Sache qu'au-dessus des nuages, le ciel est bleu. Toujours bleu.
Puis, il disparut en me laissant un gros sourire. J'ai eu cette réflexion : quelle place dans la mémoire réservons-nous au bien ? Ne nous manquerait-il pas une mémoire du bien ? Mais qu'est ce que le bien ? Cette question a été longtemps sans réponse. Et c'est seulement maintenant que je sais ce qu'est le bien. Et il faut le découvrir seul, sans copier sur l'un ou l'autre. Mais le bien n'est pas toujours celui que l'on croit attendre. Pour moi il est un jour que je regrette et que je regretterais éternellement. Même si mon parcours m'est guidé, j'ai fait une fois une sacrée bifurcation où je me suis retrouvé face au mal. Le mal, oui le mal. J'ai pensé très fort à faire du mal à une personne, certes, pour moi, qui l'avait cherché. Mais, on ne fait pas justice soit même, même avec son âme. Cette fois-là, je m'en souviens comme si c'était hier. J'étais à l'armée dans les parachutistes, dans la caserne de Tarbes, où j'effectuais mon service militaire comme engagé volontaire. Nous devions partir pour Beyrouth, pour l'action internationale française (FINUL). Mon peloton était dans la FAR (force action rapide). Cela me ravive de sacrés souvenirs, mais celui-ci me fait frémir. Je demande pardon à cette personne, à qui j'ai fait le mal, mais qui aujourd'hui s'arrange de temps en temps pour me rendre visite, faire acte de conscience et me demander si je suis toujours prêt à l'aider maintenant. Depuis, il a trouvé sa voix et quelquefois j'ai un sourire qui veut en dire beaucoup. Le Liban. Ville de ruines et de désolation, après avoir été l'une des plus belles régions du Moyen-Orient. La guerre faisait toujours parler d'elle. J'étais donc dans le premier peloton divisé par groupe de dix. Celui qui commandait le nôtre, était celui dont je vais énoncer le nom, le fameux adjudant… Nous ne le connaissions pas beaucoup, mais nous avons rapidement appris à le connaître. Avide de pouvoirs, méchanceté,… Nous subissions tous son sale caractère et sa mauvaise foi. Cela était très dur à supporter, mais dans l'armée, la devise était " ferme ta gueule et tais-toi ". Il nous apprenait à être raciste, sans cœur et surtout violentes, choses auxquelles beaucoup d'entre nous avons très mal réagi par la suite. Mais ce soir-là, ce fut la goutte qui fit déborder le vase. Lors de l'ordinaire (lieu où nous mangions) il s'est avancé vers Gérard, lui demanda de se lever, de le regarder dans les yeux, puis lui dit qu'il n'est pas un parachutiste mais une merde. Pourquoi donnes-tu des chocolats aux " bougnouls ". Gérard avait l'habitude lorsqu'il était de garde devant l'immeuble de donner ses bonbons au chocolat aux gamins qui venaient quémander.
--- Je ne suis pas une merde, mon adjudant, lui répondit-il.
Chacun d'entre nous détestait l'adjudant, mais ce qu'il lui fit faire fut sans appel. Il pissa dans son verre et lui ordonna de boire le contenu. Ce que Gérard refusa en l'informant qu'il se plaindrait aux supérieurs, qu'il n'avait pas le droit d'agir ainsi et qu'il n'était pas un bouc émissaire. La scène en resta là. Mais le soir, il revint à la charge en l'humiliant devant tous ses camarades, en lui demandant de retourner son béret. Chose qu'un parachutiste n'accepte pas. Cet adjudant était très méchant. Tout le monde aurait aimé le voir partir et ne plus le supporter, mais nous en avions pour trois mois à subir ses états d'âme.
C'en était trop. Maintenant, avec le recul, je me dis que déjà, en 1983, je devais avoir ses facultés, mais je n'en savais pas l'origine ou le faisais inconsciemment. L'ignorant, ce soir-là, j'ai demandé à ce qu'une correction lui soit infligée. En rêve, on peut tout demander. Quand on demande de voir le diable, on ne le voit jamais, on aperçoit seulement les flammes. Cette nuit-là, on me l'a dit après, j'avais prononcé son nom en dormant et j'avais dit qu'il ne nous embêtera plus. Chose qui arriva le lendemain. Un attentat avec une voiture piégée avait détruit un immeuble au sud de Beyrouth. Notre adjudant, qui en était de faction ce soir-là, fut enseveli sous les débris de l'immeuble. Quand je l'ai appris, j'ai eu si froid dans le dos, que j'avais du mal à m'endormir. Et si c'était moi qui avais demandé qu'il parte pour de bon ? Je sais, maintenant, que ce n'était pas le cas mais j'en ai beaucoup souffert. À présent, pourquoi je lui demande pardon, parce qu'une nuit, il est venu me voir et m'a demandé de l'accompagner pour demander pardon, ce que je refusais. J'avais sans doute tords, car, là-haut, les gens sont sans méchanceté. Ils deviennent humains pour une fois dans leur vie. Et leur refuser l'humanité les amène tout droit dans les portes et les flammes de l'abîme sans fin. Mais un petit garçon, sorti de je ne sais où, lui prit la main et l'emmena. J'appris après bien des années que ce petit garçon était son fils décédé d'une grave maladie du foie. J'ai beaucoup culpabilisé. Cet enfant qui venait près de moi quand j'étais triste, c'était lui. Un souvenir qui me reste et qui restera toujours. Était-ce un rêve ou une réalité ? Je crois ce que je vois et j'ai vu. Mon grand-père me dit un jour :
--- Quand on est triste, il faut penser à une chose merveilleuse pour pouvoir retrouver la joie et le sourire. Chaque nuit que je le vois, c'est merveilleux et je ne m'en lasse jamais. Suis-je fou ? Ou est-ce le fruit d'une imagination trop avancée. Certaines fois, je pense que j'ai rêvé, pour me persuader que je n'ai pas vu ces choses qui me perturbent tout au long de la journée et me pousse à me demander " comment et pourquoi suis-je comme ça ". Mais cela se passe, voilà tout. Ce n'est peut-être pas le fait du hasard ! Comment m'expliquer cette scène où je suis assis devant la porte à attendre qu'elle s'ouvre. Et quand elle s'ouvre, je me retrouve face à un mur. Bien des réponses me sont arrivées à l'esprit, mais la plus plausible est celle-ci : quand je refuse la réalité, je fais abstraction de toutes choses, donc ce mur. Mais ce mur, sans arrêt revient. Et puis un jour, je l'ai sauté. Et quelle surprise j'ai eu en arrivant derrière ! Je marchais dans une grande allée. Des feuilles sombres un peu partout recouvraient le sol. En marchant dessus, cela faisait une drôle d'impression. Cela craquait sous mes pieds. En levant les yeux, je m'aperçus qu'il n'y avait pas de ciel. Tout était noir, pas d'étoiles et il régnait un silence tel que j'entendais mon cœur battre. Je continuais cette allée, en marchant vers cette grille se trouvant au bout de celle-ci. J'arrivais devant elle, j'essayais de l'ouvrir, mais elle était fermée à clef.
--- Es-tu sûr de vouloir entrer ?
Cette voix, venait de derrière moi, je me retournais et, face à moi, se trouvait un petit garçon qui faisait office de gardien.
--- Sans moi, tu ne pourras jamais entrer.
--- Pourquoi, lui demandais-je.
--- Car tu n'es pas prêt à voir ce que tu vas voir.
--- Voir quoi ?
Il resta silencieux puis me demanda :
--- Cela fait longtemps que tu vois l'âme des gens ?
--- Je ne sais pas, car des fois je ne ressens rien.
--- Leur as-tu touché la main ? Ou les as-tu regardés au fond des yeux ? Non, pourquoi ? Car tu verras leur âme au fond.
--- Mais je ne vais pas regarder à chaque fois qu'une personne passe à côté de moi.
--- Non, mais tu ressentiras toi-même la personne pour laquelle tu veux réellement savoir.
--- Oui mais comment savoir ?
--- Tu le sauras toujours.
--- Oui mais si je n'y arrive pas ?
--- Tu y arriveras.
--- Serais-je surpris certaines fois ?
Il me demanda de lui toucher les mains. En les lui prenant, j'avais la sensation de connaître sa vie. Ses joies, ses peines, puis, tout s'arrêta. Je le voyais dans un tunnel, puis, plus rien. Je ne voyais rien.
--- Regarde dans mes yeux, me dit-il.
Ce que je fis. Quelle surprise ! Je voyais quelque chose de très lumineux avec plein de peine autour. Une chose me fit peur alors je baissais les yeux.
--- Pourquoi as-tu baissé les yeux ? La peur de la mort te fait reculer ?
--- Je ne veux pas voir la mort des gens.
--- Sans leur dire, tu pourras, dans certains cas, leur éviter certaines petites aventures douloureuses, voir leur éviter le pire.
--- Mais pourquoi toute cette peine dans les tiens ?
--- Dans mes yeux, tu as vu le reflet de ton âme.
--- Donc je vais passer la moitié de ma vie dans la peine ou dans de mauvaises périodes ?
--- Tu ne seras pas toute ta vie dans le noir, mais pendant une bonne période. Seuls ton caractère et ta force, au plus profond de toi, sauront y faire face. Maintenant, je vais te donner un conseil. Quand tu prends les mains d'une personne pour laquelle tu veux vraiment savoir, ne laisse pas remonter tes émotions. Tu dois rester de marbre car tu vas ressentir ce qu'il va lui arriver. Pour ça, regarde ton intérieur.
--- Quel intérieur ?
--- Tu le sauras quand tu le feras pour la première fois.
--- Dis-moi, et si je vois le mal dans cette personne ?
--- Le mal est partout et le bien triomphe toujours.
--- Oui, mais s'il ressent et que je sais qu'il est le mal ?
--- Il le saura toujours.
--- Cela me fait peur !
--- Ne t'inquiète pas, il ne pourra rien contre toi.
--- Tu es sûr ?
--- Absolument.
--- Ai-je le droit de lui dire ?
--- Certains n'attendront que ça.
--- Comment ça ?
--- Pour certains, ils concentrent le mal en eux, mais ne savent pas l'exploiter. Et en les touchant, tu les condamnes à faire le bien dans l'au-delà. Pour les autres, tu seras comme un poignard dans leur cœur. Ils seront mal à l'aise et les autres le ressentiront.
--- Oui, mais pour cela, il faut que je les touche pour savoir ?
--- Non, ton regard et ton âme le ressentiront.
--- J'espère.
--- Maintenant que tu sais, fait attention de ne pas avoir de mauvaises intentions.
--- Lesquelles ?
--- Le profit, certains ont beaucoup profité de la crédulité des gens, mais ceux-là je les attends. Mais je sais que toi tu n'en profiteras jamais. Maintenant je vais te donner les clefs pour que tu puisses voir ce qui va t'attendre dans les prochains voyages. C'est la dernière fois que tu me vois. La prochaine fois, tu seras seul.
--- Pourquoi ? Je franchirais encore cette grille ?
--- Oui car tu auras besoin de te ressourcer et de te remettre en question. Car en question, tu t'y remettras un certain nombre de fois. Et à chaque fois, tu feras le bon choix. Cela je peux te le dire car tu auras toujours ton guide avec toi.
--- Merci de me le dire, mais j'ai une autre question. Serais-je choqué de voir certaines choses ?
--- Tu le seras.
--- Dois-je dire ce que je ressens ou vois ?
--- Tu le peux mais sans en profiter pécuniairement.
--- Est-ce que tout se réalisera ?
--- Tu n'es pas voyant. Tu vois des choses et comme le destin est incertain, certaines se réaliseront, d'autres seront retardées, voir annulées, mais en aucun cas tu ne pourras les modifier.
--- Pourquoi ?
--- Chacun a sa vie toute tracé.
--- Oui mais si je vois un proche avoir un accident, puis-je lui permettre de l'éviter ?
--- Tu le pourras, mais qui te croira ?
--- Les personnes que j'aime m'écouteront.
--- Pas toutes !
--- Lesquelles ?
--- Ton grand-père.
--- Mais c'est moi qui écoutais mon grand-père.
--- Oui mais à un moment de sa vie, n'aurait-il pas mieux fait de t'écouter ?
--- Je ne sais pas ou plus.
--- Maintenant je vais te laisser. Attends un peu avant de passer cette grille. Et puis pense toujours avec ton cœur. À bientôt, je suis content de t'avoir enfin vu Philippe. Je sais que dans cette vie, des personnes te seront reconnaissantes à vie et moi je suis de ceux-là.
--- Pourquoi ?
--- Parce que tu n'as pas dévoilé mon âme.
--- Mais c'est la mienne que je voyais !
--- Alors qui crois-tu que je suis ?
La porte de la grille s'ouvrit puis il partit dans un nuage bleu. J'étais encore sous l'émotion d'avoir appris, en si peu de temps, les choses qui me tracassaient. Je m'avançais donc vers cette grille qui était déverrouillée à présent. Je l'ouvris. J'avançais vers une lumière qui devint de plus en plus forte à chaque pas. Mais je ne sais pas comment expliquer ce qui va suivre. Tout ce que je sais, c'est que plein de choses défilaient devant moi, des scènes du passé, des personnes que j'avais connues ou dont je connaissais des brèves choses sur leur avenir. Si tout cela arrivait en bloc ! Une chose restait constante dans la vision, c'était mon grand-père. Face à moi, on aurait dit une statue de cire. Mais non ce n'était pas lui qui troublait ma vision. C'était cette chose avait trois têtes et qui m'observait du coin des yeux. Mon grand-père était bien là, réel. Et cette chose aussi. Chaque geste que je faisais était décomposé, elle me suivait du regard. C'était inquiétant car elle me dévisageait comme si elle voulait entrer dans moi. Mon grand-père s'avança vers moi, en me disant de ne pas m'approcher de cette porte devant laquelle il y avait cette chose.
--- C'est le mal et il veut t'envoûter, afin que tu le serves à jamais. Ne le suis jamais, où qu'il aille.
--- Pourquoi veut-il m'envoûter ?
--- Tu es une personne qui communique avec nous. Il voudrait que tu communiques avec le mal et transmettes le mal à travers toi.
Puis mon grand-père m'expliqua ce qu'était un envoûtement. Je savais ce que c'était mais de la façon dont il en parlait cela était difficile à croire, croire que dans le passé, il fut envoûté, lui aussi.
--- Tu sais Philippe, l'envoûtement remonte très loin et déjà au Moyen Âge c'était l'une des magies les plus visitées. Soit pour nuire, soit pour se faire aimer. La finalité de l'envoûtement était de faire mourir lentement une personne que l'on ne pouvait pas assassiner ouvertement. Tout ça pour te dire de ne jamais t'approcher de lui.
Sur ses mots, je lui demande :
--- Mais si c'est le mal, quel nom lui donne-t-on ?
--- Il s'appelle Moloch, c'est un démon aux ordres de Satan. Tout ce que je sais c'est que son culte exige des sacrifices d'enfants. C'est la pire espèce. Mais je sais qu'au cours de tes voyages, tu le rencontreras mais ne crains rien. Ton cœur est pur. Seul ton amour des autres le fera fuir.
--- Tu me fais peur là !
--- Non je te préviens, la porte de la tranquillité passe déjà par les soucis et la peur. Une fois que tu auras franchi ces deux obstacles, ce sera gagné. Seules les personnes qui nous rejoignent arrivent directement avec nous, les autres font la queue devant la porte du purgatoire. Nul n'en ressort et ceux qui en ressortent apparaissent sous des formes bizarres : pierres, feuilles, fleurs…
--- Pourquoi ?
--- Car les gens qui ont fait beaucoup de mal payent très cher et sont punis à jamais. Et refont ainsi le bien par un autre aspect.
--- Donne-moi un exemple.
--- Les roses.
--- Pourtant on dit qu'il n'y a pas plus pur qu'une rose !
--- C'est vrai, mais après épuration seulement. Et puis sur une rose, seule la fleur est belle. La tige est bordée de petites épines.
--- Pour moi, je ne trouve pas ça logique que des personnes mauvaises redeviennent des fleurs ou autre chose. --- Et pourtant mon petit Philippe, c'est la réalité. Regarde autour de toi et tu comprendras. Tu as le droit de croire ou non, mais tu es là devant moi et ça tu le crois, alors crois-moi complètement.
--- Grand-père, tu sais que je suis rationnel, mais ce qui m'arrive en ce moment, j'ai un peu de mal.
--- Je te comprends, mais sais bien qu'il y a un intérêt, celui de savoir qu'après la vie une nouvelle vie commence et que ceux que l'on a chéri et aimé, nous ne les laissons jamais.
--- Et, lui, là, qui me dévisage, que fait-il à tes côtes ?
--- Il attend d'avoir une âme en perdition pour l'emmener droit au diable.
--- Quel truc de merde !
--- Comment tu dis ? Je vais te quitter car une personne m'attend.
--- Qui ?
--- Je ne peux te le révéler.
Puis il partit avec un grand sourire en me disant à bientôt. Ce matin-là, au réveil, je me rappelais de tout. Chose bizarre car bien des fois j'avais du mal à m'en souvenir. J'étais quand même en sueur, signe que j'avais dû bien cogiter dans mon cerveau. En préparant mon déjeuner, je pensais à une chose banale, celle qu'un jour mes parents seraient plus ouverts d'esprit. En un mot, plus gentils. Je ne dis pas qu'ils n'étaient pas gentils, mais j'avais, par moments, du mal à les comprendre.
Quand on est enfant, adolescent, pour nous les parents sont tous des imbéciles. Et puis quand on devient adulte, tout ce qu'on fait n'est pas bien, ce sont eux qui ont toujours le dernier mot. Ou bien ils sont susceptibles, voir vieux jeu. Ma mère m'appelle deux jours avant la date d'anniversaire ou la fête de mon père pour me rappeler de ne surtout pas oublier de l'appeler pour les lui souhaiter. Donc ce matin je pensais à ça. Et j'ai eu une vision très nette de mon père lisant une bible, lui qui n'avait jamais lut quoique ce soit de religieux auparavant. Je me disais encore que mon esprit me jouait des tours. J'en restais donc là. Maintenant je sais que s'ils se sont intégrés dans les témoins de Jéhovah, c'est en partie par ma faute, car j'ai tout fait pour qu'ils changent un jour. Et ce matin-là je voyais mon père lire la bible. Foutaise, pensais-je. Hé bien non, le dimanche suivant mon père au téléphone m'annonçait qu'il avait reçu une bible et qu'il avait commencé à la lire. Tous les matins, il lisait un passage. Coïncidence ou prémonition ? Ce n'était que quelques flashs qui m'arrivaient, des fois en croisant une personne, je savais si elle était mariée, quels étaient ses problèmes. Cela me venait par flashs et c'était parfois désagréable. Je ne voulais pas m'immiscer dans la vie des gens. Mais le fait de voir à travers eux était déjà du voyeurisme. Et sans m'en rendre compte, je devenais voyeur.
Cette période très forte me fit pas mal de tords et me fit perdre nombre de ceux que je croyais être de mes amis. Et un mal-être m'envahissait, pourquoi moi et pas un autre ? Ce serait peut-être mieux comme cela. Des fois cela m'arrangeait au fond de savoir ce que pense la personne devant moi. Cela me permettait de la déstabiliser. Cela en devenait un jeu. Sans que cela ne devienne une drogue. Aujourd'hui je n'en abuse pas et je sais que le monde du paranormal, comme certains le disent, reste un univers encore trop inexpliqué. Le monde du paranormal reste mystérieux et si ce caractère contribue à exercer une fascination sur de nombreuses personnes, il est vrai aussi qu'il existe trois règles.
La première : il est bon toujours de se souvenir que le monde du paranormal est un lieu privilégié pour les naïfs, les faussaires, les escrocs et les illusionnistes sans scrupule dont bien trop sont les victimes.
La deuxième règle est qu'un discernement délicat s'impose car un même phénomène peut selon les cas avoir une origine naturelle ou divine. Chaque situation est unique. On ne peut pas être en même temps juge et partie. Mon grand-père m'a dit un soir de ne jamais m'adonner à des phénomènes paranormaux provoqués. En conséquence, toutes les pratiques, telles que divination, radiesthésie, astrologie,… Sont à proscrire. Il me disait qu'on ne savait pas à quelles forces on faisait appel et lesquelles on sollicitait. On comprend vite que des forces occultes sont en jeu. On constate en général que ce genre d'intérêt tend à augmenter l'égocentrisme et stérilise la vie spirituelle. Cela peut aller jusqu'à la possession et l'on peut être victime de troubles psychologiques graves. Il me dit aussi que les forces occultes impliquées dans les phénomènes paranormaux peuvent conduire à des manifestations démoniaques. Et c'est pourquoi tu dois t'interroger sur le diable, son existence et ses tactiques. Mon grand-père me donna un nom sur les phénomènes qui me venaient et qui m'avaient un peu déboussolé au départ. Il les appelait Psi Kappa. Je me demandais ce que cela signifiait et me le demande encore aujourd'hui. Je lui demandais donc ce que signifiait Psi Kappa. Il me répondit que l'on appelait ainsi toutes les influences de l'esprit sur des réalités extra-mentales. On sait que notre esprit influence les réactions de notre corps, les désirs qui nous habitent, qui nous mettent en mouvements et nous poussent à agir. Et aussi à attraper des maladies de l'esprit qui peuvent avoir des répercussions corporelles. Ce sont les symptômes psychosomatiques. Dans certains cas, tu constateras l'influence de la suggestion sur certaines maladies. C'est ce que certains appellent l'effet placebo. Il existe dans un grand nombre de cas des influences de notre esprit sur notre corps. Ces phénomènes comme je te l'ai dit sont appelés Psi Kappa et certains sont anodins : meubles qui craquent, casseroles qui résonnent… Mais d'autres sont plus impressionnants, comme les esprits frappeurs, les poltergeists… Mais je sais que toi tu n'auras peur d'aucun de ces phénomènes. Car je serais là. Tu sais, certaines personnes sont capables de provoquer des phénomènes. Tout cela pour te dire que le paranormal est un terrain de prédilection pour les escrocs et les faussaires qui n'hésitent pas à profiter de la grande crédulité dont fait preuve la majorité des gens. Cela t'amènera à avoir une immense prudence dans ce domaine, afin de discerner le vrai du faux, ce qui n'est pas à la portée de tout le monde. Mais toi tu sauras faire la différence quand cela se fera ressentir et tu orienteras ceux que tu auras choisi de guider un bout de chemin.
--- Je compte sur toi.
--- Oui pépé, je te le promets.
--- Mais tu sais Philippe, quand je te parle de bien faire la différence, fait là.
--- Oui pépé, je la ferais quand l'opportunité se présentera.
Je trouvais que mon grand-père connaissait énormément de choses sur le paranormal. Normal vu où il se trouvait. Mais le plus surprenant, c'est qu'une nuit, alors que je n'arrivais pas à dormir, une voix me demanda d'aller dans la salle à manger. Là, surprise ! Un homme en noir se tenait devant moi. Il me demanda de m'asseoir et de l'écouter. D'où il sortait, je ne savais pas. Il ressemblait à un curé sans la croix sur le gilet.
---Que connais-tu sur le satanisme ?
--- Rien, lui répondis-je.
--- Alors pense y très fort.
--- Je ne veux pas penser à ça.
--- Si cela va venir de l'intérieur.
Et ces mots et ces textes sont venus s'encrer dans mon crâne et même si je ne voulais pas les accepter, ils arrivaient quand même. Je les ai écrits tel que je les voyais arriver. Définir l'état d'esprit ou la façon de vivre d'un sataniste est difficile voir impossible puisque chacun d'entre eux vit sa vie comme il l'entend. Le satanisme est en fait un dérivé ou un prolongement de l'athéisme (au choix). Il n'y a aucune croyance ni culte d'une quelconque entité spirituelle. C'est donc une liberté d'expression de tous les fantasmes, désirs, envies contrairement à bon nombre de religions. Le satanisme inclus juste le fait que ce que les hommes ont de plus important, c'est leur volonté. Le terme satanisme, qui effraie la plupart du temps, vient en fait de la définition même du terme Satan. Dans son origine païenne, qui signifie accusateur et opposant. Il n'y a aucun rapport avec le diable de la bible chrétienne. Chaque sataniste a en quelque sorte sa propre vision du satanisme. Il faut plutôt le comprendre comme un choix de se conformer ou pas à une action, à un état d'esprit. Si on y retrouve un intérêt c'est en quelque sorte la liberté des choix. Ces textes venaient se blottir devant mes yeux.
--- Pourquoi me faites vous penser la chose suivante ?
--- Laquelle ? Me répondit-il.
--- Celle-là, je pense que le satanisme est basé sur certaines valeurs importantes. La volonté, le mérite, l'intelligence, la complaisance… Et puis ces textes revenaient. Certaines valeurs du satanisme vous semblent peut-être un peu excessives, mais si elles sont toutes respectées, l'exagération apparente de celle-ci disparaît. Prenons exemple : la vengeance. Si chacun respecte la liberté de l'autre, la vengeance n'a plus lieu d'être et l'intelligence consiste aussi à mesurer l'utilité et la proportion d'un acte de vengeance. Bien sûr, si toutes les grandes idées de chaque religion sont respectées, on peut dire que l'on se retrouvera dans le même cas. Tout le monde sera en paix mais en imposant des contraintes à leurs fidèles. Aucune religion ne respecte la liberté des autres. Des contraintes comme les sept pêchés capitaux mais aussi le fait de donner de l'argent à l'église en ayant pour certitude que son âme sera sauvée. Quel gâchis ! Pourquoi ces textes venaient dans ma tête, je ne savais pas.
--- Pourquoi vous me faites ça ?
--- Tu le sauras, mais ne t'inquiètes pas, il n'y a rien de diabolique bien au contraire. Une leçon t'est faite par une personne qui t'aime mais je ne t'en dis pas plus pour le moment.
Et c'est reparti avec ces textes qui resurgissent. Dieu n'est qu'une invention de l'homme qui dans une période difficile a souvent besoin de croire qu'une force extérieure viendra à son secours au lieu de croire en lui-même. Il a juste besoin de se rassurer sur son devenir après sa mort et de se priver toute sa vie au lieu d'en profiter. Il y a mille autres raisons pour un croyant de croire en Dieu. Et bien sûr, pour que Dieu soit irréprochable, il lui faut un ennemi : le diable. Signalons au passage que ce diable nommé Satan, nombre de chrétiens ne croiraient plus en Dieu, s'il n'est pas là pour garder sagement le troupeau de moutons des croyants. Ceci grâce à la peur qu'il inspire. Sans lui plus d'Église, alors merci qui ? Maintenant intéressons-nous à l'œuvre de Dieu. Il a créé l'homme et avec lui ses guerres, les meurtres, la destruction,…
--- Là un chrétien vous répond que si l'homme fait toutes ces erreurs, c'est parce que Dieu a créé l'homme libre.
--- Donc Dieu a fait une erreur ?
--- Non, vous répond un chrétien, c'est à cause de Satan qui répand le mal dans l'esprit d'un homme.
--- Donc Dieu a fait l'erreur de ne pas protéger l'homme contre les mauvaises influences de Satan.
Après ces quelques répliques non dépourvues d'intérêt, la discussion perd peu à peu de son attrait car n'importe quel voyant s'enfonce ensuite dans des explications aberrantes sans vouloir admettre qu'il a tort. La bible ne parle pas de la mauvaise foi.
--- Dernière chose, le fils de Dieu Jésus-Christ, personne ne l'a vu ressuscité ! C'était juste une personne ayant un quotient intellectuel supérieur à la moyenne de cette époque et possédant un certain charisme.
--- On ne peut pas nier qu'il a créé la plus grande secte du monde. J'en ai assez de voir ça.
--- C'est presque fini.
--- Moi, je crois en Dieu, je pense qu'il existe. Il est unique pour chacun de nous et représente la perfection que l'on doit chercher. Mais j'en ai assez de voir ces conneries.
--- C'est bientôt fini me dit-il ? Voilà les dernières que tu vas voir. Beaucoup diront sûrement, à la lecture de ces quelques lignes que c'est n'importe quoi. Le satanisme que l'on nous montre dans les médias, ce n'est pas ça.
--- Bien sûr que non, les médias entretiennent les gens dans une stupidité cultivée et croire tout ce qu'on nous dit, c'est le propre de l'homme, ne voulant pas trop réfléchir ou alors ne comprenant rien. C'est cette mentalité-là qui conduit à la bêtise humaine. Le satanisme montré par les médias n'est en fait que la pourriture du christianisme. Les tueurs en séries se croyant possédés par Satan, les rituels, les sacrifices,… Il s'agit en fait de personnes ayant eu une éducation religieuse au possible et qui ont tellement été brimées par elle qu'ils en sont dégoûtés. La religion chrétienne leur interdit de profiter de leur adolescence donc d'arriver à un point où ils haïssent Dieu car il leur a pourri la vie. Ils se tournent alors vers son ennemi, Satan, qui pour ces pauvres chrétiens représente le mal. Or un vrai sataniste ne croit en aucun être spirituel, de plus attenter à la vie de quelqu'un reste encore à voir. Aucune religion n'a le droit d'enlever ces libertés-là, seul Satan a le droit.
Ce fut les dernières choses que je perçus.
---Alors, dis-moi qui es-tu maintenant ?
--- Je suis un ami de ton grand-père. J'étais prêtre il y a quatre-vingts ans et j'ai combattu le démon. Je t'ai démontré comment il peut te faire haïr la religion ou te mettre le doute dans ta foi. As-tu eu un doute ?
--- J'ai cru que c'était Satan lui-même qui m'adressait ces textes.
--- C'était lui.
--- Mais non c'était vous.
--- Non, moi je te guidais et surveillais à ce que tu ne tombes pas dans ses mains. Rappelle-toi la promesse de ton grand-père. Je serais toujours là quand le mal aura prise sur toi.
--- Mais il ne l'avait pas l'emprise.
---Si, il l'avait, car il parlait à travers moi.
--- Pourquoi ?
--- Pour te déstabiliser.
---Comment ai-je réagi ?
--- Très bien et je crois que tu lui as fait peur en quelque sorte, mais tiens-toi sur tes gardes. Il refera surface un jour où tu t'y attendras le moins, mais ce jour-là, nous serons là ton grand-père et moi.
--- Qui êtes-vous ?
--- Je te l'ai déjà dit il y a longtemps, je suis ton ange gardien.
À ces mots, il repartit en se retournant et en me faisant un signe de la main, un signe d'espoir.
Encore aujourd'hui ce signe me hante certaines nuits. Pourquoi ces visions que je perçois se passent la nuit. Pourquoi, lorsque le matin, je me lève, je me rappelle de tout ? Pourquoi des textes me viennent à l'esprit et une force impérieuse m'oblige-t-elle à les copier en me réveillant ? Comme, par exemple, le texte suivant, qui me l'avait communiqué ? Et pourquoi ? Est-ce un message ou juste une pensée active qui ressort du plus profond de moi. Voilà ces quelques lignes :
J'ai besoin de croire
qu'après la pluie
vient le beau temps
qu'après la nuit
vient la lumière du jour
j'ai besoin de croire
que ma vie changera
qu'après mes peines
j'aurais des joies
j'ai besoin de croire
que la vie est belle
et que moi aussi
j'aurais droit au bonheur
mais j'ai surtout besoin de croire
car la foi en soi
est gardienne de tous nos combats.
Je n'ai jamais, auparavant, été capable d'écrire des textes comme ceux-là. Depuis, cela devient une habitude de noter le matin ce que j'ai perçu la nuit. On va dire que cela arrive à tout le monde. C'est sûr, mais quand un texte annonce une catastrophe ou une chose qui vous touche de très près, cela ne devient plus un simple texte, mais un message. J'ai longtemps cherché une réponse à ces textes. Comme celui que j'ai écrit un matin en ayant l'impression que c'était mon grand-père qui me le dictait.
Voilà ce texte :
Toi qui es en moi,
Qui la nuit m'accueille au Paradis.
Toi la force qui m'éveille,
Toi qui me réfléchit ta vision,
Toi qui fais ce que je suis,
Qui me donne le pouvoir de voir
De faire le bien, comme le mal,
Sache, qu'aujourd'hui, je me demande qui je suis :
Un ange, à qui on a ôté ses ailes ?
Un démon, à qui on a donné une seconde chance ?
Tu m'as dis que j'étais l'ange du Paradis
Aujourd'hui, dis-moi qui je suis
Car je suis perdu au fond de mon esprit.
Envoie la lumière qui jaillit de ton cœur,
Car désormais je sais qui je suis,
Je suis toi.
Je sais que c'était lui qui écrivait à travers moi. Et j'en étais heureux. Mais j'étais malheureux quand je ressentais qu'une personne proche était mal en elle. Être rationnel m'a appris à décortiquer signe par signe les choses qui m'arrivaient. Et en les mettant bout-à-bout, cela ne pouvait s'expliquer, comme ce jour du 28 octobre 1988.
La journée avait bien commencé, il faisait beau. En entendant les oiseaux gazouiller, ce matin-là, je partais faire les courses de la semaine. Il y avait eu beaucoup de monde aux caisses du supermarché. La journée se passait sans vision, ni voix intérieures. Je pensais m'en être débarrassé. C'est ce que je croyais. Pendant le repas, j'étais soucieux de savoir si, dans mon travail, tout irait pour le mieux.
Soudain, le téléphone sonna. Béatrice, ma femme à l'époque, décrocha et se mit à dialoguer avec une amie qui lui annonçait que sa petite fille avait de gros problèmes aux poumons et qu'elle devait subir une opération, si le traitement qu'elle prenait ne suffisait pas. Elle n'était pas bien d'entendre ça. Sans entendre la conversation ni savoir ce qui se passait, je lui dis de dire à Florence et à Didier de passer boire un café, avec Noémie leur petite fille de sept ans. Je sentais très fort qu'il y avait quelque chose, mais je ne savais pas quoi. Soudain, dans ma tête, mon grand-père me parla. Je me disais : " Ça y est ça recommence, je débloque. Je suis marteau. Cette voix me disait prend Noémie dans tes bras et serre-la très fort pour moi. "
J'ai entendu ces paroles jusqu'à ce qu'ils arrivent. Puis alors qu'ils étaient entrés, plus rien. En serrant les mains de Didier, j'ai ressenti son désarroi et sa peine. Florence, elle, avait pleuré. Noémie, en me voyant, se jeta dans mes bras. Je la serrais très fort et ressenti une chaleur intense envahir tout mon corps. Et cette voix dans ma tête : " C'est bien tu lui as pris. "
Je ne disais rien car je n'avais pas envie que l'on me prenne pour un fou. La soirée se termina et je raccompagnais Florence, Didier et Noémie jusqu'à leur voiture. Je leur demandais de nous donner des nouvelles de Noémie, dès qu'ils en sauront plus. Florence m'informa que Noémie devait passer une échographie pulmonaire le lendemain et qu'ils en sauraient plus. Alors je lui demandais de nous appeler 摌ĸ ldein
Ils partirent. À cet instant, je ressentis une grosse douleur à la poitrine et pensais que c'était dû à l'effort que j'avais fait l'après-midi en rangeant deux stères de bois de chauffage pour cet hiver. Je rentrais à la maison, pris des anti-inflammatoires et allais me coucher.
Le lendemain soir, Florence appela. Elle était hystérique à l'idée des résultats de l'échographie qui démontrait que Noémie n'avait plus rien. Les médecins n'en revenaient pas eux-mêmes. Nous étions contents pour eux. Quelques semaines plus tard, je subissais un décollement de la plèvre. Souvent, j'ai pensé qu'il s'agissait d'une coïncidence et aujourd'hui encore je me force d'y croire.
Ces évènements sont survenus à un moment de ma vie où je me cherchais beaucoup. Même si mon grand-père était présent en moi, je n'arrivais pas à surmonter ces moments faibles de la vie qui s'accrochent à vous tel un boulet. Lâcheté ? Probablement que non. Tous ces voyages au centre de mon inconscient m'avaient certainement épuisé et rendu vulnérable. C'est ouvrir la porte de la tentation vers le mal. Dans un voyage, enfoui dans ma mémoire, mais toujours présent, je me souviens d'avoir été aux portes des enfers. Et si cet ange n'avait pas déployé ses ailes pour me transporter, je ne serai pas là aujourd'hui.
Merci à toi de m'avoir guidé sur le chemin de la libération !
À l'époque, je venais de me séparer de Béatrice et cela était très dur à surmonter. Même mon grand-père, qui m'avait préparé à cette rupture, n'avait pas envisagé cette situation qui allait le désespérer. Je regrette aujourd'hui d'avoir fait autant de mal autour de moi. Pour des raisons que je ne m'explique pas encore, toutes ces choses que l'on m'avait apprises, je les oubliais volontairement, à cause de mon état dépressif.
Mon état s'est empiré de jour en jour et même mes proches n'ont rien remarqué. Ce geste de lâcheté, j'ai encore beaucoup de mal à en parler aujourd'hui. Ceux qui me connaissent savent qu'ils ne me verront jamais sans bracelet montre au poignet gauche. Ce jour-là, j'avais eu une vision de mes parents qui pleuraient en me voyant. Ce mois de mai 1999 est gravé à vie dans le plus profond de moi. J'étais chez mes parents qui avaient une jolie maison dans l'Oise, près de Chantilly. Le site était agréable, mais ne changeait rien à mon état d'esprit dépressif.
Ce soir-là, j'avais été distant avec mes collègues, car je savais déjà ce que je voulais faire. Rejoindre mon grand-père. Être près de lui. C'était encore dans ma tête. Même si ces rêves arrivaient par dizaines dans ma tête et me répétaient à chaque fois " ne fait pas ça ! Des gens ont besoin de toi. Là-haut, tu ne pourras plus rien pour eux. " Mais je faisais comme si je n'entendais plus. Mon crâne allait exploser tellement j'en avais marré. Marre de cette vie, marre de voir et de ressentir ce que personne ne peut ressentir à ma place. J'avais décidé de m…
Ce soir-là, au repas, je ne mangeais presque rien et dis à mes parents que je étais fatigué et souhaitais me coucher de bonne heure. Mes parents travaillant encore, eux aussi à l'époque, montèrent se coucher à leur tour. J'ai attendu qu'ils s'endorment pour redescendre et m'enfiler une bouteille de whisky, que je finis très rapidement, puis j'ai pris une boîte complète de cachets pour dormir. Puis, pour être sûr de ne pas me rater, j'avalais un verre de canard WC, détergent très actif, que j'ai d'ailleurs eu du mal à avaler. J'ai même vomi. Je suis ensuite remonté me faire couler un bain, je me suis glissé à l'intérieur, un couteau de cuisine à la main. Je n'entendais rien, ni ne voyais mon grand-père près de moi. Je fis ce geste, puis je sombrais dans un coma profond.
J'étais avec mon grand-père. Il me demandait de regarder dans l'eau de cette fontaine. Je me voyais gisant dans mon sang. Je lui demandais ce que j'avais fait. Et me répondit que je voulais mourir. Pourquoi, demandais-je ?
--- Tu es en bas dans un état fébrile et tu n'entends plus les paroles que je t'envoie. Alors je suis venu te chercher et te ressourcer avant de te renvoyer essayer de t'en sortir. Tout le monde ici tient à toi et ne veut pas que tu t'écartes du chemin que tu dois parcourir. Tes parents vont être déçus, ils ne comprendront pas, mais, rassure-toi, ta mère va te trouver.
--- Impossible, lui dis-je, elle a un sommeil de plomb quand elle dort.
--- Je l'ai réveillé, regarde !
Ma mère est une personne qui a le sommeil très lourd, mais, ce soir-là et cette nuit-là, elle me dira qu'elle a eu un pressentiment que j'allais faire une bêtise et que cela l'avait fait se lever. Elle m'avait trouvé. La suite, elle la connaît, mais n'a pas tenu à m'en rappeler le mauvais souvenir.
Au moment où j'étais avec mon grand-père, je me sentais libéré et ne voulais plus le quitter. Mais il me redit, pour la deuxième fois, que des personnes avaient besoin de moi et que je ne devais pas les laisser dans leur désarroi. Je lui répondis que j'avais envie de réfléchir et qu'il saurait bientôt mon intention sur le parcours que je prendrais. À ces mots, il me fit redescendre.
J'ouvris les yeux, enfin, après quelques jours de durs moments. J'étais dans un hôpital spécialisé pour les gens qui font des gestes comme le mien. J'ai subi des interrogations de médecins psychiatres, des thérapies de groupes, …
Mais, aujourd'hui, la seule personne qui m'a permis de m'en sortir, à ne pas retomber dans les méandres de la folie, c'est le petit Marc décédé dans un accident de voiture. Il est venu me voir chaque fois que mon état mental me conduisait à délirer de nouveau. D'ailleurs, je croyais que c'était une vision due à la dose de neuroleptiques que l'on m'administrait. Moi-même, je me prenais pour un fou. D'ailleurs, j'étais dans un hôpital pour les fous. Je me souviens de sa première apparition, dans cette chambre blanche avec des barreaux aux fenêtres. J'étais mal et je croyais vraiment avoir perdu toute notion mentale. Et puis, merde, pourquoi en étais-je arrivé là ? J'ai senti au plus profond de moi un texte qui venait se fondre en moi. Le voici. Je l'ai gardé à jamais dans mon esprit.
Dans la nuit
Le soir venu envahit mon horizon,
Le silence se fait lourd
Laissant place aux souvenirs,
Laissant place à l'angoisse de la solitude.
Pas un seul bruit pour me sortir de cette torpeur,
Qui maintenant me met tout en pleurs.
J'ai eu beau essayer de m'en éloigner,
Mais la solitude fit vite de m'y ramener.
Si la clarté pouvait se montrer,
Pour que ma vie puisse recommencer
Et chasser de moi ce sentiment si froid,
Qui toutes les nuits me hante d'effroi.
Ce texte a été pour moi très fort, surtout qu'il venait de mon intérieur. Marc me regarda et posa sa main sur mon front. Il me dit :
--- N'oublie pas que la noirceur, que tu as dans les yeux, n'obscurcit pas le bleu de ton cœur.
Ses paroles me firent pleurer et me donnèrent à penser que toute peine mérite un bonheur. Le mien était de souffrir pour les autres. C'était peut-être ma destinée. Marc me dit avant de partir :
--- N'oublie pas une chose, la vie t'apportera ce que tu as semé. Choisis la bonne semence et surtout quand tu es seul, la nuit, demande à la lune d'éclairer ton chemin pour ne pas t'égarer sur le chemin des abîmes.
Sur ces mots, il courut et partit vers la lumière.
Ces semaines, passées à l'hôpital, m'ont donné une chose, la volonté d'exister et d'aider ceux qui en avaient vraiment besoin. Moi, j'avais besoin de me retrouver. Je me suis alors cherché et je sais maintenant qui je suis.
Des mois ont passé depuis ces évènements. J'ai depuis repris mon travail tant bien que mal. Je vis seul avec toutes mes émotions en moi. Cela fait trois semaines que je n'entends plus rien. Ni vision, ni voyage. Je pensais que c'était vraiment mon cerveau qui avait pété un plomb. Je me sentais vraiment soulagé de le savoir. Je recommencerai à vivre normalement, sans avoir peur de m'endormir, de me réveiller avec des rêves, des images. Mais c'était sans compter sur l'étrange ou le paranormal. C'est ce qu'on dit quand des phénomènes étranges se passent et restent inexpliqués.
Un soir, je rentrais chez moi, un modeste studio, où je n'avais qu'un canapé convertible et une télé, si vieille qu'il fallait taper sur le dessus pour que l'image reste. Mais je n'étais pas matérialiste, seule la qualité du cœur et de l'esprit me rendait plus heureux. Ce soir-là, il pleuvait à torrent. Les gouttes d'eau venaient s'écraser sur mes vitres. C'était beau à voir. C'est à cet instant que cette voix dans ma tête est revenue :
--- Des gens ont besoin de toi !
Qui me parlait ? Est-ce mon cerveau qui recommençait à faire des siennes ?
Je me calmais et allais me coucher, fatigué moralement. Cette nuit-là, j'ai très mal dormi. Je repensais à cette voix. Des gens ont besoin de toi. Cela m'a travaillé toute la semaine. Sans aucune voix, ni vision, ni paranoïa.
Le samedi, j'allais voir ma grand-mère. Elle avait été très touchée par ces évènements qui m'avaient affecté, mais restait entièrement dévouée corps et âme à ma cause. Quelle femme ma grand-mère ! J'aurais aimé être son fils. Ce samedi-là, nous étions tous les deux et discutions de tout et de rien. Soudain je sentis une odeur de pipe avec du tabac gris. Je me retournais, personne. Mais cette odeur était bien réelle. Je demandais à ma grand-mère si elle ne sentais rien. Elle me dit que non.
Sûrement encore mon imagination. Mais ce qui vînt après, en rentrant chez moi, ne fût pas de mon imagination. Non. Donc, je restais muet, sans rien lui dire, car je ne voulais pas lui dire ce que je ressentais. La soirée se terminait et je rentrais chez moi, fatigué de tout, avec l'envie de ne plus entendre personne.
Des semaines se passèrent et ma vie ne changea pratiquement pas. Pourtant, dans mes relations extérieures, je sentais qu'une personne se rapprochait de moi. Mais, ce que je ne savais pas, c'était que cela me ferait descendre dans un monde de noirceur et de désarroi. J'avais rencontré cette personne, lors d'un passage dans une école maternelle. Tout de suite je l'ai senti attirée par moi. Mais, honnêtement, moi je ne l'étais pas par elle. Mais, au fond de moi, quelque chose me poussait à aller vers elle. Maintenant, avec le recul, je sais que cette personne avait le mal en elle. Cela fut sûrement une épreuve que l'on me faisait subir. Cette femme était mariée et cela me mettait très mal à l'aise et me faisait culpabiliser au plus profond de moi. Mais, ce qui arriva par la suite m'a permis de prendre conscience que la vie est parfois dure et que lorsque l'on s'écarte de son chemin, on arrive droit dans le néant. C'est ce qui m'arriva. Une force, en moi, me poussait à être avec elle. Je ne sais pas pourquoi. Cela n'était pas de l'amour, mais juste une compagnie pour moi qui avait été seul depuis très longtemps. Tout s'accéléra, au point qu'elle quitta son mari pour venir emménager dans mon modeste studio. Cela changea ma vie. Mais pas dans le bon sens. Car mes collègues, ma famille me regardaient différemment. C'était une femme volage et je l'ai appris à mes dépens. Ses sautes d'humeur, son caractère méchant ont détruit le peu de positif qui me restait. Elle me faisait changer mes habitudes, ma façon de vivre, ma moralité et, surtout, mon regard sur les autres. Quand je la regardais dans les yeux, je ne voyais que noirceur. Mais cela ne changea rien de mon comportement envers elle. Comme je le disais, une force me poussait à rester, j'étais sous son emprise. Cela dura très longtemps. Je ne me reconnaissais plus. Je buvais comme elle. J'avais des sentiments de méchanceté envers les autres. Je n'étais plus moi.
Un soir, alors que j'étais seul. Je sentis une odeur bizarre. La même odeur que j'avais senti la première fois quand j'avais aperçu mon grand-père. Une odeur intense de rose. Je fus obligé d'ouvrir la fenêtre, tellement cela prenait à la gorge. Cela faisait des mois qu'il ne s'était passé de tels phénomènes. Puis une douleur intense me vint à la tête, que je tenais à deux mains. Je croyais que mon cerveau allait exploser. Alors, je me dirigeais vers la salle de bain pour prendre un cachet.
Dans la glace de l'armoire à pharmacie, j'eus la grande surprise de voir le visage de mon grand-père. Il pleurait et me regardait. Cela me fit très peur. À l'intérieur de moi, je sentais une transformation. Je me suis mis à vomir. Je vomissais sûrement tout le mal qui était en moi. Puis, cette voix dans ma tête :
--- Ce soir, elle ne rentrera pas et cela sera pour toi une délivrance. D'avoir sombré dans la boisson, dans le néant,… Tu as besoin de te retrouver. Tu n'es plus toi, je ne te reconnais plus. Là-haut ils voulaient que tu les rejoignes, mais j'ai intercédé pour toi. Et tu as une autre chance de changer le cours de ta vie. À toi de décider, aujourd'hui, si tu adores le mal ou le bien.
Sur ces mots, une seconde douleur vint me percer les entrailles, au plus profonds de moi. Je me suis mis à revomir et ai eu un malaise. Ce malaise me permit de me retrouver devant ce long couloir que j'avais déjà vu au début de mes visions. Il avait changé et ne lui ressemblait plus. Seule une table, avec un registre était là. Je m'avançais vers la table, ouvris le registre et trouvais mon nom inscrit dessus. Mais, cette liste correspondait aux personnes qui devaient retrouver leur équilibre mental. Sur cette liste, figurait le nom, d'une personne, qui me sauta aux yeux. Je ne la connaissais pas, mais je sentais qu'elle ne m'était pas inconnue. Juste un prénom, qui, dans ma tête, allait au fil du temps me rester en mémoire. Ce prénom Sabine. Je ne sais pourquoi ce prénom, ni de quoi elle souffrait, sûrement d'un mal intérieur. Alors une image vint à mon esprit. Un enfant ayant subi des choses intolérables, qui à son âge ne comprend pas très bien ce qu'on lui demande et ce qu'on lui fait subir. Je pensais que je ne connaîtrais jamais cette personne. Mais cela était autre chose et quand une force nous pousse, rien ne peut l'arrêter.
À ce moment-là, mon grand-père surgit et me dit :
--- Enfin, tu reviens après un long voyage dans le néant.
Je lui dis que j'ai eu du mal à refaire surface, mais je que m'en suis sorti.
--- Je sais, me dit-il. Et ce n'était pas facile, mais tu as su réagir et faire face à la vie.
--- Oui, tu sais, j'ai failli craquer et puis je ne sais comment l'expliquer. Plein de gens m'ont aidé, des gens pourtant loin dans les abîmes. Je les remercie pour tout.
--- Eux aussi te remercie, mais n'oublie jamais que le monde est cruel et hypocrite. Seule ta force te sauvera encore et encore.
--- Pourquoi, vais-je encore avoir des ennuis ?
--- De santé, oui.
--- De quelle sorte ?
--- Tu auras de grosses migraines, au point d'en pleurer, mais personne ne trouvera ce que tu auras. Seul un changement de région te le fera découvrir.
--- Tu sais pépé, je suis bien où je suis, mon travail me plaît.
--- Je sais, mais bientôt, dans l'avenir, tu découvriras quelqu'un à qui tu apporteras confiance et sérénité, car elle a trop souffert dans sa vie.
--- Ce sera la personne qui partagera ma vie ?
--- Je pense que vous ferez un grand bout de chemin ensemble.
--- Pourquoi ?
--- Car tu iras la chercher.
--- Moi ?
--- Oui, toi. Et ça t'apportera la paix intérieure, mais tes problèmes de santé te feront t'en éloigner. Je serai là pour t'aider à ce moment-là.
--- Mes problèmes seront graves ?
--- Assez, mais je serai là aussi quand tu auras besoin de moi, car moi seul comprendra ce que tu as réellement jusqu'à ce que tu déménages.
--- Je ne vais pas déménager, je suis bien.
--- On en reparlera.
--- Et puis il y a mémé, je ne la laisserais pas seule.
--- Elle n'est pas seule, je suis là et bientôt nous serons deux à t'aider.
--- Pourquoi, il va lui arriver quelque chose ?
---Cela, je ne peux pas te le dire. À moi seul appartient de faire le nécessaire à ce moment. Même toi tu ne peux intercéder. N'oublie pas que l'on sera toujours là.
--- Dis-moi pépé, avant de partir, si tu sais que je vais partir, dis-moi dans combien de temps ?
--- Tout ce que je sais c'est que l'année finira par un deux. À toi de chercher.
--- Chercher quoi ?
--- Ton destin.
À ces mots, il me quitta. Je me retrouvais alors dans cette pièce devant ce registre. Je le refermais, puis me réveillais.
Le lendemain, c'était Dimanche et, comme tous les dimanches, j'allais voir mes parents. J'avais besoin de les voir, même s'ils étaient témoins de Jéhovah. C'était mes parents et je les acceptais tels qu'ils étaient. Je leur en avais fait subir beaucoup ces derniers temps et je leur devais bien ça. Un fils reste un fils. Et leur donner mon amour, comme un fils, était, pour moi, quelque chose que je pouvais leur apporter. Même si mon père me parlait avec quelques versets bibliques, je l'écoutais même si je n'en pensais pas moins. Ma mère avait retrouvé une certaine sérénité et cela me réjouissait. Désormais j'allais écouter mon grand-père et chercher mon destin.
Ce destin allait me conduire, comme il me l'avait dit, vers une nouvelle vie, un nouvel air qui m'ôtera ma période de descente aux enfers où les nuits sont longues et interminables et où j'ai eu si souvent froid au cœur. Maintenant, je me tournais sur l'avenir et attendais que le destin m'amène à ce que mon grand-père m'avait dit. Quand le destin vous guette, rien ne l'arrête.
Il était 7 heures 30, du matin, et j'étais gai ce jour-là. Quelque chose me disait qu'il allait se passer des événements importants. Mais je ne savais pas lesquels. J'avais tellement entendu mon grand-père me dire que tout allait changer pour moi, mais je voyais les choses différemment.
Et puis ce jour arrivait. Enfin, je sentais qu'il arrivait quand un collègue de travail me dit qu'il devait s'occuper de la voiture d'une fille de la Mairie. Elle travaillait à la bibliothèque et avait une golf. Je lui ai répondu, tout de suite, " je vais lui faire ", sans connaître la personne dont il s'agissait. Mon collègue m'informa que cela l'arrangeait, car il ne savait pas s'il aurait pu le faire lui-même.
Je sentais que c'était cette personne que mon grand-père m'avait annoncée. Mais, je n'en aurais le cœur net que lorsque je l'aurais regardée. Surtout être en sa présence et voir si je ressentais ou voyais quelque chose derrière elle. J'ai donc fait la démarche de lui téléphoner, en l'informant que je lui réparerais sa voiture un soir, après le travail. Je revois la scène. J'étais un peu gêné au téléphone, mais cela se passa bien. Le soir où je pris sa voiture, je sentais que mon destin allait être lié au sien. Comment ? Je ne savais pas, mais j'allais le découvrir.
Ce soir-là, je fis le tour de sa voiture et lui fis la liste des pièces à changer. Puis je lui ramène sa voiture à la bibliothèque. J'attendais qu'elle sorte. J'étais devant le parking. Elle arriva accompagnée d'une collègue. Je lui dis ce qu'il y avait à faire et que je le lui ferais dès que j'aurais les pièces. Comme j'étais venu avec sa voiture, elle me raccompagna jusqu'à devant chez ma grand-mère et me souhaita une bonne fin de soirée. Durant ce trajet très court, j'ai pu ressentir son désarroi. Elle venait sûrement de quitter son copain ou d'être déçue par quelque chose. Mais je n'ai pas eu le temps de cerner ses pensées.
En sortant de sa voiture, je savais que c'était la personne que m'avait annoncé mon grand-père. Je montais chez ma grand-mère, comme tous les soirs après mon travail, ou après les voitures que je réparais en supplément. Ce soir-là, ma grand-mère me trouva très gai et très soucieux aussi. En fait, je repensais à mon grand-père et à cette fille. Et si mon grand-père se trompait. On verrait bien. Il ne s'était jamais trompé jusque-là. Je finissais la soirée avec ma grand-mère, puis rentrait chez moi. Il était tard. J'étais fatigué de ma journée riche en émotions. Je m'allongeais et m'endormis.
Le lendemain, je recevais les pièces, alors j'appelais la jeune femme pour lui dire que je m'occuperais de sa voiture ce soir. Elle me répondit d'accord. Je réparais sa voiture et quand j'eus terminé, l'appelais. Elle me demanda combien elle me devait. Je lui répondis que, déjà, elle devrait m'offrir un café ce qu'elle ne refusa pas. Mais qu'elle ne pouvait pas ce soir, car ses parents avaient acheté une maison en Normandie et elle les accompagnait les week-ends. Je lui dis que ça serait pour un autre jour, chose qu'elle ne refusa pas. Je la quittais en lui souhaitant une bonne soirée.
Le lendemain, au cours de la journée, mon grand-père vint me voir à midi et me dit que c'était aujourd'hui que je devais forcer mon destin et que je ne devais par manquer les visions que j'avais perçu quelque temps auparavant.
--- Je sais, Philippe, que tu ne lui es pas indifférent, même si elle a eu des à prioris sur toi, quand tu n'étais pas dans ton état normal. Tu lui as montré une mauvaise image de toi. C'est au temps où tu sombrais dans le néant total. Mais, je te rassure, je lui ai ouvert les yeux sur toi. Tu dois juste l'inviter, ce soir, à manger au restaurant.
--- Mais elle ne voudra jamais. Elle ne me connaît pas. Et puis elle doit avoir une idée de moi que je n'aime pas.
--- Ne t'inquiète pas, je serais près d'elle quand tu l'appelleras. Maintenant, prend ton destin en main.
Puis, il partit. J'étais encore troublé, comme à chaque fois que je le vois. Je repris mon travail et dans l'après-midi j'appelais la jeune femme à la bibliothèque. Je lui demandais si elle accepterait de manger un soir avec moi au restaurant ou même ce soir. Elle me répondit que, ce soir, elle avait un cours de danse et que le lendemain elle partait avec ses parents en Normandie pour le week-end. Je lui dis que ce serait pour un autre soir. Puis, elle me dit, qu'après la danse, ce serait possible, mais un peu tard. Je lui répondis que c'était d'accord pour ce soir.
Donc, ce soir je serais avec elle et je saurais tout sur elle. D'ailleurs, je savais déjà tout d'elle. Mais elle ne savait rien de moi. Elle allait découvrir ce que j'étais vraiment et cela me faisait peur. Ce soir-là, on s'était fixé rendez-vous en bas de chez elle, vers 20 heures. Je l'emmenais au restaurant Campanile, situé pas très loin de chez elle. Nous parlâmes de beaucoup de choses, je me dévoilais plus qu'elle ne le faisait. Sûrement qu'elle était réservée, mais je voyais autour d'elle des choses qui venaient en moi. J'ai ressenti vraiment beaucoup de choses, ce soir-là. Mon grand-père était là. Je le sentais et sa présence me réconfortait. Cela me donnait quelque peu le courage qui devait m'être d'un grand secours. Son regard me troublait beaucoup. Je sentais la connaître. Tout ce que je voulais savoir d'elle, mon grand-père me le soufflait. J'avais une avance incroyable sur elle, mais cela ne suffisait pas. Ce soir-là, les destins réunis, je pensais déjà au lendemain. La soirée se termina et après l'avoir raccompagnée devant les marches de chez elle, j'eus droit à un bisou très charmant, qui m'a beaucoup touché. Je savais que le lendemain elle partait avec ses parents. Le week-end me semblerait long, alors je décidais d'aller voir mes parents pour leur raconter que j'avais rencontré quelqu'un. Mais il n'y avait rien de sûr, ni de concret. Tout ce qu'ils m'ont dit ce jour-là c'est :
--- Espérons qu'elle sera mieux que l'autre.
J'ai décidé de lui envoyer des messages SMS afin de garder le contact. Elle me répondit à chaque fois. Je l'ai même appelée. Elle était dans la chambre du haut et avait l'air de s'ennuyer. Elle m'a même dit qu'elle aurait aimé être à côté de moi afin de mieux me connaître.
Cela commençait à agir. Mon grand-père était là et me regardait. Il me dit :
--- Tu vois, on ne peut changer la destinée d'une vie. Et, avec elle, tu rencontreras des personnes qui auront besoin de toi. Tu les sauveras alors de leur mal intérieur.
Il a fallu moins de trois jours pour que nous soyons réunis et dès le mercredi suivant je venais m'installer chez elle. Maintenant je peux dire que mon grand-père a vraiment dû intercéder auprès de ses sentiments, car je ne crois pas que l'image qu'elle avait de moi auparavant aurait suffi à la faire changer. Je remercie beaucoup cette personne qui m'a fait confiance et qui me fait encore confiance aujourd'hui.
Un mois se passa et je sentais ses sentiments grandir. Mais j'avais peur de lui avouer ce que je vois. Je n'avais pas envie qu'elle me prenne pour un fou, un illuminé. Mais je sais que la nuit je parle et que certaines nuits j'ai vraiment dû lui faire peur. Je lui en demande pardon aujourd'hui. À force de vivre ensemble, nous nous découvrons de jour en jour. Je connaissais des choses qu'elle ne savait pas et cela l'intriguait beaucoup. Je lui expliquais ce que je voyais la nuit et ce que je ressentais. Au départ, elle a dû penser que je rêvais beaucoup et que cela agissait sur mon subconscient. Aujourd'hui encore, je ne sais ce qu'elle pense de tout cela. Elle avait une amie très proche qui l'appelait régulièrement. Quand elle m'a dit son nom, cela éveilla en moi le souvenir du jour où je m'étais retrouvé devant ce registre où son nom s'y trouvait inscrit. Le destin frappait encore.
À l'occasion des fêtes de Halloween, nous étions invités à un karaoké par le comité des fêtes de la ville et elle invita son amie. Je la connaissais, sans jamais l'avoir vue, mais j'ai fait comme si je ne connaissais rien d'elle et si je la voyais pour la première fois. Son regard en disait beaucoup. Mais son mal intérieur gravitait autour d'elle. Je m'approchais d'elle, lui fis la bise, et, là, je savais que notre destin avait été lié dans une vie parallèle. Tout de suite nous avons eu de la sympathie, l'un envers l'autre, au point que je la considérais comme ma petite sœur. Une certaine petite jalousie émergeait d'elle, mais cela ne dura pas. Et je savais qu'un jour elle serait heureuse. Mais ce qui était bizarre c'est que son grand-père était là lui aussi. Il me demandait de veiller sur elle et de l'aider à s'en sortir. Je ne pouvais lui répondre. On m'aurait pris pour un fou.
Cette soirée fut le début d'un grand parcours où le stress, la folie, les pleurs allaient être son quotidien et je m'efforcerais de l'aider. Des mois passèrent et chaque jour je voyais des choses et percevais certains messages. Je ressentais quand Sabine n'allait pas bien et elle m'appelait souvent. Je fis un grand et long travail pour sa personne, mais une force en elle repoussait mes efforts. J'allais le découvrir, quoi que je le savais déjà. J'avais un pendentif en forme de Bouddha que je lui donnais. Je lui précisais que, lorsque cela n'allait pas, il fallait qu'elle le serre dans ses mains et qu'elle pense très fort au fait que cela irait mieux. Je sais maintenant que cela a marché à chaque fois. Elle me l'a confirmé. Un jour elle me demanda si on avait un point commun. Je lui répondis que oui. Nous avons tous les deux perdu un être cher dont le départ nous a beaucoup peiné. Son grand-père lui manquait beaucoup. Je lui demandais, un jour, de placer une photo de lui sous son oreiller et d'attendre. Et un soir, il est venu la voir. Elle pensait qu'elle rêvait ou que c'était dû à son cerveau qui était omnibulé par son absence. Mais elle me dit par la suite que c'était trop réel pour être un rêve. Je lui expliquais alors mon parcours et ce que j'apprenais grâce à mon grand-père. Qu'elle devait me parler de son problème, qu'elle avait eu alors qu'elle était petite, car cela lui pesait énormément. Elle me dit qu'elle n'était pas prête pour le moment. Mais elle était étonnée que je puisse connaître son terrible secret. Je la laissais en lui disant qu'un jour elle m'en parlerait et que ce jour-là, elle se libérerait.
--- En attendant, je serais là pour toi, à t'aider, te protéger du mal que tu côtoies tous les jours autour de toi. Chaque jour j'avais des messages d'elle, le soir je l'appelais, je restais souvent plus d'une heure au téléphone avec elle. J'essayais de lui faire comprendre qu'elle vivait un amour impossible avec cet homme marié et qu'il se fichait pas mal d'elle. Ce fut long et pénible à le lui faire comprendre, mais un jour elle comprit enfin. Je lui ai annoncé qu'elle allait bientôt rencontrer quelqu'un qui se prénommerait David. Je ne sais pas si elle me croyait, mais aujourd'hui elle doit en être persuadée, puisque son ami, depuis six mois, s'appelle David.
Mon grand-père et moi leur souhaitons le meilleur bonheur possible. À eux de trouver le bon équilibre et de se dire leurs vérités.
Avant qu'elle découvre enfin l'amour de sa vie, je lui avais dit, qu'après ce jour-là, elle serait plus distante avec ses amis. Elle me répondit qu'elle n'était pas comme ça. Mais mon grand-père m'avait averti, je m'en doutais aussi. Depuis ce jour, nous n'avons plus de nouvelles, à croire que l'amour est plus fort que l'amitié. Le cœur fait parfois prendre de mauvais choix. Rares sont ceux qui remontent à la surface quand le rêve s'écroule. En écoutant les paroles de mon grand-père, je sais désormais que son prénom restera gravé à jamais sur le registre.
Bien des mois ont passé depuis et cela fait un an que je suis avec Christelle. Nous avons énormément de choses en commun, du moins nous apprenons à nous découvrir, jour après jour. Je l'aide du mieux que je peux. Un jour elle voulut changer de service, afin d'augmenter ses qualités professionnelles. Je lui dis que je lui ferais un petit papier qu'elle garderait sur elle. Cela lui donnerait force, courage et attirerait la réussite. Au début, je ne sais pas si elle y croyait vraiment, mais lors de son concours, cela l'a beaucoup aidée. Maintenant je crois qu'elle pense que c'est magique et ceux qui connaissent Christelle savent qu'elle n'a pas l'habitude de mentir. Elle peut authentifier tout ce que j'avance au cours de ce récit. Ce que j'inscris sur ces petits papiers restera secret. Ce sont des personnes qui m'envoient ce que je dois y mettre et mon grand-père en signe la fin. Mais je ne dévoilerais jamais cette dernière partie. Seuls ceux qui s'en débarrasseront un peu trop tôt auront la surprise de se retrouver dans leur vie là où ils l'avaient laissé quand cela n'allait pas. C'est-à-dire pire. Les autres auront leurs désirs réalisés, les instincts plus développés et sauront faire face à la vie.
Je sais, tous diront " conneries ", mais je sais que ça marche. Demandez à ceux qui l'ont essayé. Vous seriez surpris de ce que vous entendrez.
Un jour, alors que je feuilletais les offres d'emploi de la gazette des communes, mes yeux s'arrêtèrent sur une offre en Normandie. Je ne pensais pas à l'époque que j'aurais la force de faire une demande de mutation. Nous en parlâmes avec Christelle et nous décidâmes de faire le pas. Essayer d'obtenir une mutation ailleurs que dans la région parisienne. Et là, je me souvins de ce que m'avait dit mon grand-père à propos du fait que je quitterais la région parisienne. Je pensais que le destin frappait encore. Ayant proposé ma candidature, je savais déjà que j'allais être convoqué à un entretien. Ce qui se réalisa quelques semaines plus tard. J'étais convié à un entretien parmi d'autres candidats. Je savais déjà que j'aurais la place. Mon grand-père avait été formel. Il ne m'a jamais menti, ni jamais donné de messages erronés. Je voulais savoir ce qui m'attendait à cet entretien. Mon grand-père me dit que seul moi ferait la différence et que je les toucherais au plus profond d'eux.
--- Car tu sauras anticipé leurs questions. Et puis je serais là, près de toi, et celui qui te déstabilisera n'est pas encore né.
Le jour de l'entretien, je suis venu avec Christelle. Déjà, je sais que ma vie va passer par cette commune, que je vais y trouver des amis sincères et que je vais enfin rencontrer cette personne née le 17 octobre. Cela, je le ressentais très fort au plus profond de moi.
Quelques semaines plus tard, je recevais un courrier qui m'annonçait que ma candidature avait été retenue. Je commencerais le premier juillet 2002. Encore ce 2 que mon grand-père m'avait annoncé. Tout se reconstituait comme un puzzle que je finissais. Toute cette année a été pour moi la recherche de mon destin lié à ces messages. Si j'avais expliqué tout ceci à quelqu'un, je pense qu'il m'aurait pris pour un illuminé, alors que je suis sain de corps et d'esprit.
Ceux qui liront ces écrits auront des pensées moqueuses ou curieuses de savoir. Ou simplement diront que c'est une fiction que j'ai inventée de toutes pièces. Je respecte le jugement de ceux-là et ne les blâme pas. Car, moi-même, avant j'aurais pu réagir de la même façon et j'aurais sûrement eu des doutes sur l'état mental de la personne qui m'aurait dit cela.
Pourquoi j'ai écrit ces choses ? Ce n'est pas pour épater qui que ce soit. Seulement pour laisser une trace de mon grand-père et une trace de moi aussi. De faire prendre conscience que la mort n'est qu'une étape avant le grand chemin de la vie éternelle.
Une petite anecdote pour ceux qui croiront que les prémonitions n'existent pas. Un soir alors que je me trouvais avec Christelle, j'ai eu une vision que son frère courait un danger en voiture. Je lui décris cette vision : Il traverse la forêt par où il passe régulièrement pour aller chez ses parents, un sanglier débouche et c'est le choc. C'étaient les images que je voyais. Après avoir raconté ceci à Christelle, elle me dit qu'il était sur la route et me demanda de l'appeler sur son portable. Son frère est une personne très rationnelle, qui ne croit que ce qu'il voit. Je l'appelle quand même et lui dit, sans l'effrayer, que j'ai un mauvais pressentiment et qu'il ne faut pas qu'il prenne la route de la forêt. Très sceptique, il me répondit : " Ok je le ferais ". Puis il raccrocha. Le lendemain il m'appela et me dit que sur cette route, il y avait eu un accident dû à un sanglier et qu'il y avait eu deux morts. Il avait conservé le journal qui relatait l'accident. Cela l'a marqué, mais ne l'empêche pas d'être toujours aussi rationnel, sauf que, quand je lui dis quelque chose, il m'écoute. Ce n'est pas de la vantardise, mais des prémonitions et seuls ceux qui croiront seront ceux qui auront déjà ressenti ces sensations.
Depuis que nous sommes installés en Normandie, nous y avons beaucoup d'amis. J'ai enfin découvert cette personne née le 17 octobre. C'est une femme et j'ai l'impression de la connaître depuis longtemps. Je sais qu'un jour elle aura un enfant et me demandera d'être un proche pour son enfant. En attendant, j'apprends dans la vie réelle à la connaître et à la découvrir. J'essaie de lui envoyer la force qui lui permettra de résister à tous les ennuis de la vie. Aujourd'hui, je sais que je suis malade. J'ai une tumeur au cerveau. Cela est peut-être encore une épreuve, mais cela est très dur. La découverte de ma maladie m'a fait être horrible avec Christelle, heureusement mon grand-père était là le soir et la nuit pour m'aider et me donner la raison de vivre. Un soir, il vint me voir pour me donner le message qu'il avait reçu et qu'il me demandait de transmettre à une collègue qui venait de perdre son papa. Voici ce texte que je lui remis quelques jours après.
À mon père
Toutes ces années de ma vie
Où chaque jour tu m'as souri
Ses souvenirs en moi sont gravés à vie
La nuit toi et moi sommes réunis
Maintenant que tu es parti loin dans cet infini
Je sais qu'au paradis tu redémarres une nouvelle vie
Et que la lumière qui scintille dans le ciel
Soit le bonheur que tu m'envoies pour me réchauffer le cœur
À toi le papa éternel de mes souvenirs
Un jour tu me guideras jusqu'à tes pas
Et ensemble nous continuerons notre vie sans jamais oublier nos souvenirs
Papa, veille sur nous aujourd'hui
Et demain prends nos mains
Et guide nous sur le chemin de la vie.
Ce texte est une fraîcheur du cœur pour la personne qui reste et je pense qu'elle le comprit dans ce sens. Je repense encore à ce que me dit mon grand-père, quand le soir je suis mal et que ma tumeur m'empêche de trouver le sommeil.
--- Ton âme est bonne, ton cœur est bon, mais ce mal te ronge. Ne t'inquiète pas. Un jour tu iras mieux, mais cela sera très long et difficile. Tu n'es plus seul dans la vie.
Ses paroles résonnent en moi et, chaque jour que Dieu fait, j'y pense, car je ne laisserais pas cette maladie gâcher ce qu'il y a de plus beau, basculer vers le monde meilleur. J'ai le temps de le rejoindre car j'ai encore bien des choses à accomplir dans ce monde réel. Dans l'autre monde, il n'y a pas de cruauté ni de violences. Chacun respecte l'autre. L'un offre à l'autre, sans rien attendre en retour. J'aimerais un jour avoir la chance, moi aussi, d'être un guide comme mon grand-père et d'aider et guider les plus désemparés. En attendant je sais que chaque soir encore, je serais avec lui tout au long de ma vie. Et chaque message, chaque vision seront notifiées par écrit.
Mais là commence un nouveau jour, aujourd'hui je combats pour rester en vie et ne pas sombrer encore dans les limbes de la nuit. Merci grand-père d'être là pour nous deux !
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