Par un beau matin de printemps, alors qu'il faisait très chaud depuis quelques jours, l'ennui vint s'emparer du visage d'un jeune enfant.
Les oreilles baillent, s'étirent et disent :
- Nous sommes les plus importantes !
Nous entendons tous les bruits,
tout ce qui se passe autour de nous.
Nous écoutons de la belle musique,
nous écoutons papa et maman quand ils nous parlent,
nous pouvons entendre quand nos amis nous racontent une bonne blague.
Nous sommes absolument indispensables,
c'est nous qui sommes les plus importantes !
Mais les yeux répondent :
- Voyons, nous sommes beaucoup plus importants !
Nous pouvons voir les jolies choses, les beaux dessins,
le soleil quand il se couche,
le soleil quand il se lève le matin.
Nous pouvons aussi voir quand il y a un trou ou une bosse,
nous faisons bien attention et comme cela nous ne tombons pas dans le trou et nous ne trébuchons pas sur la bosse.
De plus, nous savons lire, nous regardons la télé et, sans nous, personne ne pourrait conduire la voiture.
Le nez ricane :
- Ha ! Ha ! Je suis le plus important.
Quand même, c'est évident !
Qui vous dit, à vous et surtout à toi, bouche,
que papa et maman sont en train de préparer un bon repas ?
Alors ? Et si je n'y étais pas,
comment pourriez-vous connaître le parfum délicat d'une fleur ? Ou l'odeur forte d'un chien mouillé ?
Je peux reconnaître un ami les yeux fermés.
Et si quelqu'un fume, bah ! Quelle vilaine habitude, je le sens et je m'en vais ailleurs, là où l'air sent meilleur.
Songez à tout ce que je fais pour vous ! Ce n'est pas comme la bouche, elle ne fait pas grand-chose.
Les yeux reprennent :
- Oui, que fait-elle pour nous ?
Les oreilles continuent :
- Elle ne fait que parler : BLA-BLA-BLA et c'est tout... Ce n'est pas très important !
Alors la bouche leur répondit :
- Puisque c'est comme cela, je ne boirais plus,
je ne mangerais plus et je ne parlerais plus.
Nous allons voir ce que nous allons voir !
Le jour d'après, les yeux commencent à se plaindre :
- Ah ! Nous sommes secs et pleins de poussière. Nous sommes tout rouges et irrités.
Bouche, bouche, voudrais-tu boire un verre d'eau ? Nous avons besoin de pleurer un peu pour nous rafraîchir !
Mais, en réponse, la bouche ne fit que :
- Mmm... Mmm...
Le deuxième jour le nez commença aussi à se plaindre :
- Depuis que tu as arrêté de manger, papa et maman ne nous préparent plus de bons repas. Je m'ennuie, je veux respirer l'odeur d'une sauce-tomate qui mijote, ou le parfum des biscuits qui cuisent au four.
S'il te plaît, bouche, recommence à manger !
Mais la bouche ne fit que répondre :
- Mmm... Mmm...
Le troisième jour, les oreilles se plaignirent à leur tour :
- Assez, nous n'en pouvons plus !
Bouche, il faut que tu recommences à parler. Nos amis ne nous parlent plus, puisque tu ne leur réponds pas, et nous ne pouvons plus les écouter. Nous nous ennuyons.
Bouche, tu es très importante !
Le nez continu :
- Ah, oui ! Bouche, tu es très importante.
Les yeux, qui étaient tout rouges et gonflés :
- Bouche, c'est toi la plus importante !
Les oreilles et le nez continuent de conserve :
- Oui, ça c'est vrai, tu es la plus importante de tous !
Alors la bouche leur dit :
- NON !
Je ne suis pas la plus importante, mais je suis aussi importante que vous.
N'oubliez jamais que nous sommes tous différents !
Si quelqu'un ne sait pas faire une chose que vous savez faire, sûrement, il saura en faire une autre.
Nous avons tous la même importance !
Cela ne tient pas aux choses que nous faisons, mais au fait que ces choses doivent être faites et bien faites !
Et puis, vous ne pouvez pas tout faire vous-même…