Bagdad S. MAATA est né, le 23 avril 1948, à 0ran, deuxième grande ville, à l'ouest, de l'Algérie.
Après des études en autodidacte, marié, il s'installe à Saida, dans le Sud-Ouest, où il mène une double vie ; active par la rédaction d'une série de travaux et la création de l'Université de Saida ; militante par le combat qu'il engage, en compagnie de son épouse, pour le respect de la dignité humaine.
L'auteur amorce successivement une carrière en santé publique, puis en politique.
Son remarquable talent d'organisateur et sa farouche volonté le mèneront jusqu'à la députation, carrière politique que compromettra singulièrement son caractère frondeur et avide de justice.
Déçu, il quitte Saida pour retourner dans sa ville natale. Mais le terrorisme point déjà à l'horizon. Pacifiste convaincu, militant des Droits de l'Homme, dont il fut le membre fondateur à Saida, il ne supportera pas la lutte fratricide. Il quittera alors l'Algérie, ce pays qu'il aime tant et pour lequel toute sa famille s'est battue.
Aujourd'hui, il vit en France, avec son épouse et ses cinq enfants.
Jugez de ma surprise lorsque je reçus ce recueil de poèmes en alexandrin, de très bonne facture.
Il fallait un Francophone pour oser et réussir ce chalenge, écrire, aujourd'hui, comme on le faisait au XVIII° siècle !
Les sujets traités, comme il le dit lui-même dans l'introduction, sont hélas de tous les temps, c'est la forme qui est profondément originale. Ainsi, du raciste, peut-on lire :
La nacre de sa peau qu'il arbore en trophée
Il s'en bâtit légende, empire et épopée
Où il règne en monarque, en maître incontesté
Sur des sujets martyrs, honni et détesté.
Mon Dieu, que plaisamment ces choses là sont dites !
Voilà des alexandrins qui recèlent de la dynamite !
Dans une nouvelle série de poèmes, Bagdad, porté par le puissant souffle d'une juste colère, réécrit l'Histoire, telle que l'on ne l'enseigne pas dans les écoles occidentales. L'Histoire vue par les yeux des opprimés, des humiliés, de tous ceux qui ont souffert de n'être pas très blancs de peau, de ne pas avoir la bonne culture ou la bonne religion.
Justifiant sa sensibilité exacerbée de poète, Bagdad, nous raconte des récits extraordinaires, mais vrais, d'aventures qui l'ont conduit aux portes d'un autre monde, d'un au-delà peuplé de forces mystérieuses et incontrôlables.
Quoi que puisse en penser le lecteur, il se laissera emporter, avec plaisir, par ces histoires fabuleuses, merveilleusement bien racontées.
Le second récit extraordinaire, de Bagdad, prend une exceptionnelle dimension humaine. Au-delà de notre auteur/héros et de sa sensibilité surnaturelle, c'est tout un pan de l'Histoire récente de l'Algérie qui est raconté de l'intérieur et un épisode, aussi sordide que dramatique, de l'Histoire de France, qui éclate en fin de texte.
Je crois que c'est ici qu'il me faut révéler un fragment d'un message que m'adressa Bagdad :
Certes, mes propos sont durs, car j'estime que l'on ne peut que l'être envers ceux qui se croient supérieurs aux autres, certes j'ai en mémoire de ce que les miens ont subi, car j'ai vu mon père humilié et torturé, mon frère de quinze ans enchaîné comme un chien...
Mais, je n'ai pas de haine et ne peux pas en avoir, car je n'oublierai jamais ce que mon père m'a dit à sa sortie du camp de concentration, à Oran en 1957 (eh oui!), alors qu'il avait été torturé. Il avait le visage tuméfié et le dos zébré, à tel point que, pour lui ôter sa chemise, ce fut un martyre pour lui. Le voyant dans cet état, les larmes perlèrent sur mes joues, la haine et la rage m'envahirent, je criais, à qui voulait m'entendre "Lorsque je serai plus grand, je tuerai tous les Français !"
Mon père, malgré ses souffrances, me dit : "Nous ne nous battons pas contre les Français, mais contre les colonialistes ! Les voyous, qui existent chez eux et qui m'ont fait cela, existent aussi chez nous !"
Depuis... J'ai compris !
Pour l'anecdote, ma grand'mère était française et ma fille a épousé un Français !
Bagdad, mon ami, mon frère, même si ta soif de vérité t'impose de dire des choses difficiles à entendre pour mes compatriotes, je sais que tu partages mon goût pour la modération et pour la paix !