Il était une fois une petite moule qui s'appelait Winifred.
Une moule, c'est une sorte d'animal que l'on appelle mollusque.
Un mollusque, cela vit dans la mer, mais ce n'est pas un poisson.
Winifred vivait sous un quai. Les moules aiment bien habiter en paquet et celui de Winifred se trouvait dans la Méditerranée.
Jour après jour, la petite moule se désespérait d'entendre les conversations de ses amies. En effet, du matin au soir, les commérages allaient bon train :
- As-tu vu sa coquille ?
- Comme elle est rugueuse...
- Et l'autre, elle est toute rouge, ne vous approchez pas, elle doit être malade !
- Et sa coquille est cassée !
La petite moule s'ennuyait. Elle désirait la compagnie d'autres esprits.
Un jour elle réussit à se détacher. Elle partit enfin de son paquet de moules, trop pareilles et trop médisantes. Elle était bien heureuse. Elle se laissa glisser doucement vers le fond de mer.
- Cela vaut mieux que de continuer à les écouter, se dit Winifred.
Un doux courant marin la porta vers le large.
- Enfin, l'aventure ! Pensa la petite moule qui n'avait pas froid aux yeux.
Grâce aux remous d'un navire traversier, elle échoua enfin sur un joli rocher, baigné de lumière.
Bientôt, un poisson vint la sentir de près.
Winifred tenait enfin sa chance de trouver une amitié sincère et désintéressée.
- Veux-tu être mon ami ? Demanda-t-elle à l'énorme poisson-chat.
Avec sa grande gueule en forme de doberman, le poisson répondit :
- Mais... Sais-tu nager ?
- Oui, un peu... Pas bien vite, je l'avoue.
- À quelle vitesse ?
- Je ne sais pas, au moins à la vitesse d'une moule, puisque j'en suis une ! Mon truc, c'est de me laisser porter par les courants.
- Alors, ça ne va pas pour moi. Si quelqu'un veut être mon ami, il faut qu'il décide où il veut aller et qu'il y aille. Et puis, il faut qu'il puisse nager aussi vite qu'un poisson.
Le poisson-chat repartit comme il était venu.
Plus tard, un froid courant marin porta Winifred dans un banc de crevettes.
- Voulez-vous être mes amies ? Demanda la petite moule optimiste.
Les crevettes se regardèrent entre elles. Elles n'en revenaient pas de l'outrecuidance de cette horrible créature.
- Non ! Non ! Va-t-en ! Tu vas nous déranger, tu es trop différente. Tu es noire et jaune, laide et malodorante.
En plus, tu es dangereuse, tu risques de nous couper les pattes avec ta vilaine coquille.
Winifred dû se résoudre à s'en aller. Pendant qu'elle s'éloignait laborieusement, des petites crevettes l'accompagnaient, en tournant autour d'elle et en chantant une comptine :
- Ici c'est tassé pour un cétacé,
c'est assez pour un crustacé,
mais bien trop juste
pour un mollusque.
Winifred rencontra enfin un requin blanc.
- Veut-être mon ami ?
- Mais oui, bien sûr, approche-toi !
Et il goba la moule.
Dans le ventre du requin blanc, la petite moule rencontra une huître.
Celle-ci avait une très jolie coquille nacrée. Sa couleur rappelait l'éclat de perle que prenait parfois la lune, au-dessus du bon vieux quai de Winifred.
Celle-ci lui dit :
- Veux-tu être mon amie?
Car la petite moule ne s'était pas laissé décourager par le vilain tour que lui avait joué le requin. Sa conception de l'amitié était au-dessus des subterfuges des égoïstes.
L'huître, qui était querelleuse et légèrement prétentieuse, lui répondit :
- Beurk ! Tu es trop laide. Tu t'es vue ? Non mais tu voudrais comparer ma race à la tienne ? Non, non, non, plutôt mourir !...
- Cela, c'est pour bientôt !
- Pardon ?
- Nous vivons les derniers moments de notre vie. Ne le vois-tu pas ? Et tu continus à faire la fine bouche sur tes amitiés, mais nous sommes ensemble, cela compte aussi !
La moule savait que l'huître n'avait pas le choix de rester avec elle. Elles allaient être, toutes deux, digérées par les sucs gastriques du requin blanc, dans très peu de temps.
Winifred prit alors conscience que l'huître était quand même son amie. Dans un sens, chacune avait donné sa vie pour connaître l'autre.
- Ai-je bien fait de quitter mon paquet de moules, pour venir découvrir l'amitié avec quelqu'un qui ne m'apprécie pas comme je le voudrais ?
Personne n'a voulu de mon amitié : le poisson m'a dénigrée, les crevettes ont eu peur, le requin s'est joué de moi et l'huître n'est qu'indifférence.
Nous sommes pourtant des amies, même si l'huître ne veut pas l'avouer.
L'huître recommença alors à parler :
- Dis, je me sens drôle, pas toi ?
- Pas encore, mais ça ne sent pas bon ici !
- Sortons !
- Comment ?
- Viens !
L'huître avait bien raison, elle était un mollusque de très grande qualité, en se basant sur la respiration du poisson, elle put se faire éjecter hors de celui-ci, accompagnée de sa nouvelle amie la moule.
Un peu hors d'haleine, à cause de ses émotions, la moule demanda :
- Merci, mais pourquoi m'as-tu sauvée ?
- Il m'a fallu beaucoup de temps pour te trouver, alors je n'avais pas envie de te perdre tout de suite.
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